LIVRE XXIX
insultassent un de ses membres ; elle a fait une action plus indigne d'elle quand elle n*a pas accablé de toute son indignation ceux de ses membres qui ont donné Texemple d'une pareille conduite. Chaque jour, je me demande si cette as^mblée est réellement la Convention nationale ou seulement une machine à décrète dans les mains d'une faction. Je me suis tu longtemps sur un étët de choses aussi déplorable, mais ma patience est à bout. — Eh bien, allez-vous-en ! s'écrie une voix de l'extrême gauche. — Oui, il n'est que trop vrai que la Convention, soit pusillanimité, soit faiblesse, se laisse dominer; cette vérité, je dois la proclamer, dussé-je la payer de mon sang ! »
Barbaroux et Louvet défient leurs adversaires d'affirmer qu'il n'existe dans Paris ni voleur, ni anarchiste. « Puisqu'il en est ainsi, ajoutent-ils, est-il prudent de dégarnir cette ville de toute force armée? »
Mais un de leurs amis, «Fonfrède, vient lui-même offrir une transaction que la majorité se hâte d'accepter. La motion du jeune Girondin semble en apparence ne concerner que les bataillons envoyés à Paris par les départements maritimes et être motivée par la nécessité de pourvoir à la défense des côtes; mais elle admet te principe du renvoi des fédérés et par conséquent la dispersion de cette troupe, sur laquelle comptait la €ironde pour résoudre, en fait si ce n'est en droit, cette grande question de la force départementale, qu'elle avait, depuis cinq mois, tant de fois et si inutilement soulevée.
Le 8 mars arrivent de Belgique deux des commissaires de la Convention, Danton et Lacroix. Ce dernier monte à la tribune à Touverlure de la séance et annonce qu'il est prêt à faire son rapport soit au Comité de défense générale, soit à l'Assemblée.
Barère demande que Lacroix s'explique tout haut et immédiatement, u On vous a parlé de secrets, mais y QU a-t-il au Comité de défense générale, où des nuées de commis et de secrétaires sont admis, oîi chacun des membres de la Convention a le droit d'entrer à toute heure? Qu'avons-nous besoin de secrets quand nous nous battons avec toutes les forces nationales contre l'Europe coalisée? Le secret ne sert qu'à augmenter les alarmes. Il faut donc tout* publier, si nous voulons empêcher les terreurs paniques des hommes faibles et les terreurs scélérates de ces amas d'hommes de boue et de sang qui ne cherchent que des prétextes de trouble. Oui, il est à Paris de ces hommes qui ne demandent pas mieux que d'alarmer les citoyens pour se livrer ensuite au pillage, à l'assassinat; il faut leur ôter tout prétexte. Une assemblée, qui est publique, doit délibérer sur la guerre au milieu de la place publique. Plût à Dieu que la nation entière pût être dans ce moment réunie dans cette enceinte! nous la verrions se précipiter tout entière vers les points menacés pour repousser les satellites des despotes. »