‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 106 sur 249 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

La parole est donc accordée à Lacroix, qui commence par signaler l'incurie des généra^ux chargés de protéger le siège de Maëstricht. « Les cantonnements sur la Roër, ajoute Tami de Danton, étaient disséminés sur plus de li lieues d'étendue. Il y avait très-peu de cavalerie et les avant-postes étaient très-mal renseignés sur les mouvements de Tennemi. Les Autrichiens n'ont pas eu la moindre peine à percer nos lignes; l'évacuation d'Aix-la-Chapelle et celle de Liège ont été la conséquence inévitable de cette surprise. Aujourd'hui les armées de Valence et de Miranda sont réunies ; mais ce n'est qu'en abandonnant Liège et les généreux liégeois que l'on a pu réaliser cette jonction. Une partie des magasins qui existaient dans cette ville n'ont pu être évacués à temps; cependant la caisse militaire, la • majeure partie des effets de campement, tout ce que l'armée avait de plus précieux est maintenant en route [X)ur Yalenciennes. Gossuin et Merlin sont allés dans les déparlements du nord pour faire marcher toutes les gardes nationales au secours de notre armée. Danton et moi nous sommes prêts à communiquer au Comité de défense générale les mesures que nous croyons propres à combler les vides de l'armée et à faire rejoindre les militaires de tout grade qui se sont absentés avec ou sans congé. »

A peine Lacroix a-t-il quitté la tribune que Robespierre s'en empare et débite un discours plein d'emphase et d'acrimonie : « Je ne me dissimule pas combien paraissent critiques les circonstances; mais, pour un peuple libre, le moment d'un échec est le précurseur

m HISTOIRE DE LA TERREUR.

d'un triomphe éclatant ; les avantages passagers des satellites d'un despote sont les avant-coureurs de la destruction des tyrans... Nos ressources sont immenses... La cause même de l'échec que nous venons d'éprouver est pour nous le gage qu'il n'aura aucune suite funeste. Il nous reste à purger nos armées d'un esprit aristocratique qui s'est réfugié dans les états-majors, à nous débarrasser des traîtres, qui seront écrasés comme des insectes par la grande nation destinée à punir tous les tyrans du monde... Que la Convention dégage le peuple français des entraves dont il est environné, qu'elle s'élève elle-même à la hauteur du caractère divin dont elle est revêtue ; car c'est bien une mission divine « que celle de créer la liberté, de diriger son impulsion toute-puissante vers la chute de la tyrannie et la prospérité des peuples. Il lui suffira de tenir sans cesse le glaive de la loi levé siir la tête des conspirateurs puissants, des généraux perfides, de fouler aux pieds tout esprit de parti et d'intrigue, de ne prendre pour guides que les grands principes de liberté et de bien public, de balayer tous les traîtres, de tendre des mains protectrices aux amis de la liberté, au peuple qui a fait la Révolution et dont la prospérité ne peut être assise que sur les bases de l'Égalité. »

Danton avait laissé à Lacroix la mission de raconter les désastres de notre armée, mais il s'était réservé de proposer les mesures du salut public qui devaient parer à ces désastres.

« C'est au milieu des plus grands dangers, s'écriet-ij, que la France a appris à déployer toute son éner-

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gie. Le moment est arrivé où il faut dire à la nation entière : « Si vous ne volez pas au secours de la Bel- « gique , si Dumouriez est enveloppé dans la Hollande, u si son armée est obligée de mettre bas les armes, la « patrie est perdue. »

« Le recrutement que vous avez ordonné il y a quelques jours ne peut donner que des résultats tardifs. Ce ne sont pas ceux qui conviennent à l'imminence du péril. Il faut que Paris, cette cité déjà si célèbre dans les fastes de la Révolution, que cette cité tant calomniée, que cette cité qu'on aurait voulu renverser pour servir nos ennemis, donne encore à la France l'impulsion qui, Tannée dernière, a enfanté nos triomphes. S'il est bon de faire des lois avec maturité, on ne fait bien la guerre qu'avec enthousiasme. Commençons par en appeler au patriotisme des Parisiens. Que la Convention nomme, dès ce soir, des commissaires qui se rendront dans toutes les sections ; que ces commissaires rappellent à tous les citoyens en état de porter les armes le serment qu'ils ont prêté de maintenir jusqu'à la mort la Liberté et l'Égalité; qu'ils les requièrent, au nom de la patrie, de voler au secours de leurs frères en Belgique. La France entière sentira le contre-coup de cette impulsion salutaire. Nos armées recevront de prompts renforts. Il faut le dire ici, les généraux ne sont pas aussi répréhensibles que quelques personnes ont patii le croire. Nous leur avions promis qu'au 1" février l'armée de Belgique recevrait un renfort de 30,000 hommes. Rien ne lui est arrivé. Hâtons-nous de réparer nos fautes* ' Que le premier avantage de nos ennemis soit, comme

celui de Tannée dernière, le signal du réveil de la nation. Qu'une armée, conservant TËscaut, donne la main k Dumouriez, et les ennemis seront dispersés. Si nous avons perdu Aix-la-Chapelle, Bréda est en notre possession. Dumouriez réunit au génie du général Tart d'échauffer, d'encourager le soldat. L'histoire jugera ses talents, ses passions, ses vices; mais ce qui est certain, c'est qu'il est intéressé à la splendeur de la République. Qu'il soit secouru, et il saura faire repentir l'ennemi de ses premiers succès.

— Oui, s'écrie Barère, faisons aujourd'hui appel à Paris, demain aux départements ; engageons tous les Français à partager la gloire qui accompagnera Dumouriez ; car, je le déclare, Dumouriez seul est une armée. »

La proposition de Danton est adoptée. La Convention décide également l'envoi de commissaires dans tous les départements de la République et rappelle à leur poste tous les membres de l'Assemblée absents par congé.

Mais, après les propositions dictées par le patriotisme et l'enthousiasme, arrivent les motions inspirées par la haine et la délation. « Le moment est arrivé, dit le montagnard Duhem, où Paris, par de nouveaux efforts, va imposer silence à ses vils calomniateurs. Robespierre vous a dit qu'il restait encore dans Tétat-major de l'armée des restes impurs d'aristocratie; mais il existe aussi ailleurs des hommes vils et méprisables qui n'aspirent qu'à livrer les patriotes au glaive des vengeances aristocratiques. Il faut prendre contre eux une grande mesure révolutionnaire; il faut faire justice de tous ces

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