LIVRE XXIX
par les généraux. Ils ont bien soin de ne pas parler du dénûment complet dans lequel Tarmée a été laissée, du peu de sollicitude qu'a montré Pache pour la préserver du froid et de la faim, pour lui faire parvenir les renforts qui lui étaient indispensables. I^e mot de trahison fait le fond de tous leurs discours : « Il faut voler au secours de Tarmée de Dumouriez, mais il faut, avant tout, être sûr qu'on ne laissera pas derrière soi des conspirateurs prêts à égorgëlr les femmes, les sœurs et les enfants des défenseurs de la patrie. » C'était la répétition des propos qui se tenaient autour des prisons le 2 septembre. Mais l'horreur que les massacres de cette époque avaient inspirée à la France entière ne permettait pas de recourir aux mêmes moyens. Les chefs des Jacobins avaient résolu de remplacer les égorgements en masse par des meurtres juridiques, et le poignard des sicaires de la Commune par la guillotine en permanence. Dans les diverses assemblées de quartier, les démagogues proposent de déclarer aux députés, qui vont se présenter au nom de la Convention, que le peuple exige, avant tout, l'établissement d'un tribunal extraordinaire chargé de juger les contre-révolutionnaires et les ennemis du repos public.
Mais cette motion ne trouve d'écho que dans quelques sections*. Généralement les Conventionnels sont reçus avec enthousiasme ; on leur promet un concours sans restriction et sans limite.
1. Les quatre sections qui se prononrctont explicitement pour la création immédiate d'un tribunal révolutionnaire furent le Louvre, l'Oratoire, la Halle au blé et le faubourg Poissonnière.
484 HISTOIRE DE LA TERftfeUR.
Au fur et à mesure que les assemblées de section lèvent leurs séances, les affidés des jacobins s'empressent d'aller, rendre compte au Comité central, séant au club Saint-Honoré, de l'état des esprits dans leurs quartiers respectifs. *
Ce comité avait espéré que les sections prendraient
l'initiative des mesures révolutionnaires dont il avait
^rété le programme. Mais, puisque la plupart d'entre
elles ont manqua de courage et d'initiative, il n'hésite
pas à lancer le manifeste suivant :
if Les membres composant le Comité de surveillance des défenseurs de la République une et indivisible des départements, vivement affectés des dangers qui menacent la chose publique et notamment la ville de Paris, étant en état de permanence, ont pris un arrêté qu'ils ont cru devoir vous communiquer. Cet arrêté porte que toutes les sections de Paris, qu'ils ont crues composées de sans-culottes, sont invitées à se joindre aux défenseurs de la patrie pour opérer une insurrection, de laquelle doit résulter un bien général pour la République. Le point de ralliement est fixé aux Jacobins Sainl-IIonoré. Ils vous préviennent que le tocsin sonnera à cinq heures très-précises du matin ; ils vous invitent à suivre leur exemple afin de rassembler un assez grand nombre do sans-culottes, pour qu'ils puissent en imposer aux factieux qui siègent dans la Convention, et pour se transporter dans toutes les maisons où s'impriment les journaux de Brissot, Gorsas, et autres de même nature. Le salut de la République nous impose cette tâche, secondezles en bons frères; touslej^ intrigants et malveillants capi-