LIVRE XXIX
folliculaires dont Tunique occupation est de corrompre l'esprit public, de calomnier la Convention, de la représenter aux yeux de ses commettants comme indigne de sa mission. Je demande que l'Assemblée chasse de son sein tous ces êtres immondes ; que le Comité de sûreté générale soit investi du droit de poursuivre les auteurs des feuilles périodiques qui tendraient à égarer l'opinion publique. Il faut que tous ces reptiles impurs soient obligés, comme après le 10 août, de se cacher dans leur honte. »
Cette motion inattendue soulève de part et d'autre les plus vives interpellations.
« Oui, s'écrie Bourdon de l'Oise, il faut que Brissot ne puisse plus calomnier la Convention. »
Fonfrède : « Qu'on interdise donc aussi le journal de Marat. »
Bourdon : « Eh bien ! oui. »
Turreau : « Je demande que le Bulletin de la Convention soit le seul qui puisse circuler dans les départements. »
Fonfrède : « Eh quoi! au moment où nous appelons le peuple aux armes pour conserver la liberté, vous voulez aHablir la censure et l'inquisition? »
Jean-Bon Saint- André, qui se présente comme le défenseur convaincu de la liberté de la presse, entame un long discours pour prouver que tout le monde a droit de parler, que tout le monde a droit d'écrire; mais, chemin faisant, il attaque nominativement, avec la dernière violence, les deux journalistes girondins Gorsas et Bris- .sot, les accuse de tronquer dans leurs journaux la pen-
sée des orateurs qui leur déplaisent, de traiter d'anarchistes des hommes qui valent mieux qu'eux, et de ne s'occuper que d'injures et de personnalités. Puis, après être tombé dans le péché qu'il rtproche si amèrement à ses adversaires, il déclare, par une nouvelle contradiction avec les principes qu'il vient d'émettre, « que la Convention peut et doit chasser des places qu'ils occupent dans l'enceinte de l'Assemblée les journalistes qui en abusent pour corrompre l'esprit public. »
Mais la proposition de Duhem, qui devait être adoptée peu de temps après, ne trouve pas cette fois un appui suffisant parmi les amis du fougueux montagnard. L'Assemblée n'y donne aucune suite et se sépare de bonne heure afin que les quatre-vingt-seize commissaires qui viennent d'être désignés puissent, le soir même, fraterniser avec les sections parisiennes et éleetriser leur patriotisme révolutionnaire.
« Il faut balayer les traîtres, il faut tenir lo glaive de la loi levé sur la tête des conspirateurs puissants er des généraux perfides, » avait dit Robespierre. Cette parole du maître avait été entendue par les disciples. Ils la commentent sur tous les tons dans les assemblées de section. Ils cherchent à échaufler les esprits en débitant les nouvelles les plus exagérées sur la situation des affaires extérieures et sur les fautes commises