LIVRE XXIX
ses poumons de stentor et s écrie : « iNos armées manquent de tout. Votons immédiatement ! » En vain Biroteau, Valazé, Guadet, demandent-ils que Ton permette de discuter le principe; les démagogues ne laissent a rAssemblée ni trêve ni merci. Gensonné essaye de profiter de son autorité de président pour obtenir le silence en faveur de ses amis. Bourdon (de l'Oise) lui lance cette apostrophe : « Celui qui nous préside transigeait le 10 août avec la cour, il veut aujourd'hui transiger avec les principes. »
Enfin la Montagne l'emporte; l'Assemblée vote la rédaction suivante, proposée parLevasseur (delà Sarthe):
u La Convention nationale décrète l'établissement « d'un tribunal criminel extraordinaire, pour juger sans <( appel et sans recours au tribunal de cassation les « conspirateurs et les contre-révolutionnaires. »
Le principe adopté, le Comité de législation est chargé des détails de l'organisation du tribunal.
Peu de temps après que le fatal décret a été rendu, la municipalité parisienne^ ayant à sa tête le maire Pache et le procureur-syndic Chaumette, se présente à la barre.
Après avoir annoncé que toutes les mesures sont prises pour achever le recrutement, Chaumette entretient l'Assemblée d'une mesure qui, suivant lui, doit
faire faire un progrès immense à la réforme des mœurs. C'était là y on le sait, la principale préoccupation et le thème favori des harangues du nouvet Anaxagoras.
« Le Conseil général a invité tous les jeunes gens de ses bureaux à partir, dit-il ; ils sont tous enrôlés et vont être remplacés par des citoyens pères de famille. Nous avons arrêté que nul célibataire ne serait reçu désormais dans les bureaux de la Commune, le Conseil général ne veut s'entourer que de citoyens ; or celui-là n'est pas citoyen qui n'obéit pas au vœu de la nature et de la société.
« Nous venons vous demander que les bourses vacantes dans les collèges de la République soient données de préférence aux enfants des citoyens qui auront pris les armes pour le service de la patrie, et qu'il soit établi une contribution de guerre qui ne pèsera que sur les riches. Nous étions chargés également de vous demander l'établissement d'un tribunal révolutionnaire jugeamt sans appel, mais nous apprenons que le principe vient d'en être décrété ; nous en restons là. »
Thuriot, toujours fidèle interprète des volontés municipales, convertit en motion les deux objets sur lesquels Chaumelte vient d'appeler l'attention de l'Assemblée, en fait adopter le principe et propose de renvoyer aux comités compétents la rédaction des dispositions accessoires.
Danton profite de cette circonstance pour demander que les détenus pour dettes soient élargis et puissent, eux aussi, consacrer leur vie et leur liberté à la défense de la patrie : « Il faut, dit-il, délruire la tyrannie de