‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 121 sur 249 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

lecture des dépêches de Dumouriez, qu'il n'y a pas un seul instant à perdre pour sauver la République. Dumouriez avait conçu un plan qui honore son génie. Je dois ici lui rendre une justice bien plus éclatante que je ne l'ai fait jusqu'à présent à cette tribune. Il y a trois mois, Dumouriez avait annoncé au pouvoir exécutif et au comité de défense générale que, si on n'envahissait pas la Hollande au milieu de l'hiver, il fallait renoncer à tous les avantages que nous avions obtenus dans la Belgique. Puisqu'on a méconnu ce trait de génie, il faut réparer nos fautes \ Dumouriez n'est pas découragé, il est au milieu de la Hollande, il a pris Bréda et Gertruydenberg; il ne lui faut que des soldats, et la France regorge de citoyens. Voulons-nous être libres ? Si nous ne le voulons pas, périssons, o^r nous l'avons tous juré. Si nous le voulons , volons tous à la frontière pour défendre notre indépendance. C'est en Hollande que se trouvent les ressources de nos ennemis; c'est de là que Pitt tire l'or qu'il prodigue à pleines mains. Prenons la Hollande, et Carthage est

détruite Il faut agir et non délibérer. Vous avez

rendu un décret qui nomme des commissaires pour les départements; soutenez-les par votre énergie, qu'ils partent ce soir, cette nuit ; qu'ils disent aux riches :

4 . Robespierre et Danton font ici, l*un et Tautre, allusion aux projets d'expédition de Hollande que Dumouriez avait proposés par son chef d'état-major Thouvenot et que le Conseil exécutif avait repoussés dans ses séances du 4 2 et du 13 décembre, sans vouloir, comme le proposait le f^énéral en chef de l'armée du Nord, autoriser la réunion d'un conseil de guerre pour en élibérer.

« Il n'y a qu'un moyen de vous conserver votre luxe ; « il faut que l'aristocratie de l'Europe, succombant sous « nos efforts, paye notre dette, ou que vous la payiez ; « le peuple n'a que du sang, il le prodigue. Allons, « misérables, prodiguez vos richesses ! » Voyez les destinées qui vous attendent. Quoi ! vous avez une nation pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore soulevé le monde !

<( Je mets de côté toutes les passions. Elles me sont étrangères, excepté celle du bien public. Eh bien ! dans des circonstances plus difficiles que celle où nous nous trouvons, lorsque l'ennemi était aux portes de Paris, j'ai dit à ceux qui gouvernaient alors : « Vos discussions « sont misérables; je ne connais que l'ennemi, battons « l'ennemi ! Vous, qui me fatiguez de vos contestations « particulières, au lieu de vous occuper du salut de la « République, je vous mets tous sur la même ligne, je (( vous répudie tous comme traîtres à la patrie. » Je leur ai dit : « Que m'importe ma réputation ! Que la France « soit libre et que mon nom soit flétri à jamais! J'ai con- « senti à être appelé buveur de sang ; eh bien ! buvons « le sang des ennemis de la patrie. (Combattons et con- « quérons la Liberté, n Je le répète, et que le riche écoute ce mot : « Il faut que nos conquêtes payent la dette ou « que le riche la paye avant peu. » La situation est cruelle. Le signe représentatif n'est plus en équilibre dans la circulation. La journée de l'ouvrier est audessous du numéraire. Il faut sortir de là par un grand effort. Conquérons la Hollande. Ranimons, en Angleterre le parti de la République qui n'est point

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