‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 122 sur 249 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

étouffé. Faisons uiarcher la France, et nous irons glorieux à la postérité. Remplissez ces grandes destinées. Point de débats, point de querelles, et la patrie est sauvée! * »

L'Assemblée accueille avec des transports d'enthousiasme les dernières paroles de Danton et demande de toutes parts qu'on s'occupe immédiatement du tribunal et du pouvoir exécutif.

Cambacérès appuie ce double vœu du poids de sa parole ; il formule ainsi son opinion : u II est indispensable qu'avant que nous levions la séance nous ayons changé le ministère incohérent que nous avons. Il est organisé comme s'il y avait deux pouvoirs. C'est une erreur. Tous les pouvoirs sont entre les mains de la Convention, elle doit les exercer tous. Il ne doit y avoir aucune séparation entre le corps qui délibère et celui qui fait exécuter. Dans ce moment vous ne devez pas suivre les principes ordinaires; vous reviendrez, si vous le voulez, à la séparation des pouvoirs lorsque vous ferez la Constitution. »

Des cris : « Aux voix! aux voix ! » s'élèvent de la plus

4. Le discours de Robespierre se trouve au Moniteur n° 74, au Journal des Débats et Décrets n° 180, p. 206; celui de Danton, au Moniteur n? 72.

grande partie de la salle. Buzot s'ciance à la tribuDe, les Montagnards veulent par la violence Ten faire descendre. Le député de l'Eure parvient cependant à dominer le tumulte. « Je m'aperçois, dit-il, aux murmures qui s'élèvent, et je le savais déjà, qu'il y a quelque courage à s'opposer aux idées qui doivent nous conduire au despotisme le plus affreux. Je rends grâce, au. reste, de chaque moment de mon existence à ceux qui veulent bien me la laisser, et je regarde ma vie comme une concession volontaire de leur part; mais, au moias, qu'ils me laissent le temps de sauver ma mémoire du déshonneur. J'ai entendu professer à cette tribune cette doctrine, qu'il fallait confondre tous les pouvoirs, les mettre entre les mains de l'Assemblée. »

Une voix : « Il faut agir et non bavarder!

— Oui, vous avez raison vous qui m'interrompez. Eh bien! je le dis hautement, une autorité, qu'elle soit exercée par un seul ou par plusieurs collectivement, peu importe, si elle concentre dans sa main tous les pouvoirs, si elle ne peut être arrêtée par rien, dégénérera bientôt en une épouvantable tyrannie. Lorsque vous avez reçu des pouvoirs illimités, ce n'était pas pour confisquer toutes les libertés. Si tout est ici, dites-moi quel sera le terme de ce despotisme dont je suis enfin las moi-même. »

La gauche répond à Buzot en lui lançant les invectives les plus amères. « C'est pour empêcher, s'écrie Julien (de Toulouse), l'organisation du tribunal qui doit punir les contre-révolutionnaires, que Buzot vient de bavarder si longtemps.

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