LIVRE XXIX. S
est impolitique d'attaquer le général sur lequel repose le salut immédiat de la patrie ^ Lacroix se fait Tinterprête du sentiment de presque tous ses collègues.
« Je ne viens pas, s'écrie-t-il, défendre Dumouriez. Il n'en a pas besoin. La République saura un jour ce qu'elle lui doit de reconnaissance. Eh quoi! c'est au moment où il vient de prendre Bréda et Gertruydenberg, c'est au moment où il répond par des victoires à ses calomniateurs qu^^ demande qu'il soit frappé d'un décret d'accusation ; et cela parce que, à. cinquante lieues de là, à Aix-la-Chapelle , des généraux qui. n'étaient plus sous ses ordres, ont laisse forcer leur avant-garde par impéritie ou par trahison.
« Les sentiments que l'on vient de vous exprimer sont peut-être ceux du président de la section, mais non des braves volontaires qui ont obtenu la permission de défiler devant vous. Les volontaires ont été égirés ; je n'en veux pour preuve que les insignes qui décorent le drapeau qu'ils vous présentent. »
Tous les yeux se portent sur l'étendard que Lacroix a désigné du geste. Il n'est pas tricolore, mais seulement rouge et blanc ; la cravate qui y est attachée est
4 . Nous avons retrouvé le texte entier du discours du président de la section Poissonnière. Le Moniteur, n° 73, n'en donne que le commencement, parce qu'il fut interrompu presque aussitôt par les cris et les murmures de l'Assemblée. Nous le donnons à la fin de ce volume. I<e président qui le prononça le 8. en présence des commissaires de la Convention, était un peintro nommé Faro. Cet artiste fit partie et de la Commune du 40 août et de la Commune du 9 thermidor; il fut guillotiné avec Robespierre. Cependant, nous verrons rout à l'heure Marat essayer de le faire passer pour un aristocrate.
blanche, la hampe est surmontée d'une fleur de lis. Aussitôt que les insignes proscrits sont aperçus, un mouvement général d'indignation éclate dans les tribunes et jusque dans les rangs des volontaires qui accompagnent la députation. Plusieurs de ces derniers se précipitent sur le drapeau, l'arrachent des mains de celui qui lé porte, le déchirent avec les dents, le foulent aux pieds, brisent la hampe, remplacent la fleur de lis par un bonnet nmgfrirt la cravate blanche par des rubans tricolores qu'on leur jette des tribunes.
On demande à grands cris l'arrestation de l'orateur et son renvoi immédiat devant le tribunal révolutionnaire.
% Oui, oui, s'écrie-t-on, c'est un calomniateur, c'est tfn traître, c'est un scélérat.
— Ce qui vient de se passer, dit Isnard, est un trait de lumière qui doit nous éclairer sur les manœuvres des ennemis de la patrie. L'aristocratie, nouveau Protée, revêt toutes sortes de formes. Elle a bien senti qu'il ne lui suffisait pas de faire attaquer la liberté par les ennemis du dehors. Elle prend à l'intérieur le masque du patriotisme, et, par une exagération ridicule de tous les principes, elle espère amener une désorganisation totale. On fomente depuis quelques jours ces mouvements. Des hommes pervers se sont répandus dans les sections, dans les assemblées populaires, dans les groupes. Ils disaient qu'il fallait ici, sonner le tocsin; là, fermer les barrières; ailleurs, tirer le canon d'alarme. Ils demandaient que Dumouriez fût amené ici pieds et poings liés ; oui, Dumouriez, celui qui a sauvé la République