LIVRE XXVI
qu^elle présente, est la plus sanglante condamnation que Ton puisse faire de l'administration de Pache.
Elle est ainsi conçue :
« Le ministre actuel de la guerre sera changé. L'Assemblée procédera dès demain à la formation d'une liste de candidats et après demain à l'élection d'un nouveau ministre ^ . »
Les Jacobins ne pouvaient accepter en silence la destitution brutalement prononcée contre un de leurs principaux favoris, contre un ministre qui s'était mis à leur discrétion pour toutes les créatures qu'il leur plaisait de placer, pour toutes les dilapidations qu'il leur convenait de patronner. Dès le lendemain, la Société envoie à la barre de la Convention une députation de ces prétendus Défenseurs de la République auxquels elle avait donné asile dans sa salle pour qu'ils fussent toujours à sa disposition.
La harangue des pétitionnaires est courte, mais aussi naïve qu'insolente :
(( Les défenseurs de la République une et indivisible
4 . Comme nous le verrons tout à Theure, Pache fut élu peu de jours après maire de Paris. Aussi, ni le comité de la guerre, ni les douze membres qui avaient été adjoints à ce Comité, ne firent-ils leur rapport sur les accusations de dilapidation portées contre le ministre. I^r trois fois, le 49 février, le S8 mars et le 28 avril, les Girondins firent décréter formellement par la Convention que le rapport tant promis serait déposé dans le plus bref délai sur le bureau du président. Ces trois décrets restèrent lettre morte. Pache devint plus puissant que jamais. Nous le verrons, le 34 mai, se présenter à la tète de la municipalité parisienne pour demander à TAssemblée la tète de ceux qui avaient eu Taudace de lui réclamer des comptes.
ont été instruits que vous avez décrété que le ministre de la guerre serait changé. Citoyens, Pache est républicain, il a fait son devoir, il a juré de mourir à son poste, et cependant vous voulez le remplacer ! Nous avons juré de respecter vos décrets. Nous gardons le silence, mais nous vous proposons de décréter que Pache a conservé Testime publique. »
Quelques membres de l'extrême gauche essayent de convertir en motion celte demande. Mais un toile presque général s'élève. Néanmoins Prieur (de la Marne) insiste sur l'impression de la pétition et son envoi aux départements.
« Eh bien ! qu'on imprime en même temps, s'écrie Féraud, les adresses où sont consignées les plaintes des généraux et des soldats contre le ministre! »
L'ordre du jour est mis aux voix et adopté. La Montagne proteste contre le vote, mais l'Assemblée par deux fois manifeste sa volonté formelle de le maintenir. Les pétitionnaires sont obligés de se retirer et n'obtiennent en sortant que les applaudissements de Marat et de ses amis.
Le lendemain, le général Beurnon ville est élu ministre de la guerre par 386 voix sur 600 votants. Son principal concurrent, Achille Duchâtelet, en avait obtenu près de 200; tous deux appartenaient aux opinions modérées. La Montagne n'avait pas osé présenter un candidat. Tous les efforts du parti démagogique avaient été réservés pour une autre élection, celle du premier magistrat de la capitale.
Chambon n'avait pas reparu à l'Hôtel de Ville depuis le jour où, sortant de la représentation de Y Ami des lois^