‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 142 sur 249 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

cution, avaient causé dans beaucoup de provinces et surtout dans rOuest une émotion très-vive, mais le sentiment politique n'était pas un mobile assez puissant pour soulever les populations des campagnes et les mettre en révolte ouverte et prolongée contre les décrets de la Convention. Ce qui le prouve surabondamment c'est que deu\ tentatives royalistes combinées avec la plus grande liabilelé par des ofliciers pleins d'énergie, celle du caujp de Jalès dans la Lozère par Charrier et Dussailiant, celle de Brelagne par le marquis de la Rouerie, échouèrent. Tune après quel(|ues jours de résistance, l'autre avant même qu'elle eût éclaté.

Comment,' en eiïet, espérer que des hommes dont l'horizon ne s'étend pas au delà de leur village, qui peuvent avoir des sympathies et des préférences, mais qui sont habitués à n'exercer aucune influence sur les destinées de leur patrie, se résoudront, pour le triomphe d'un principe abstrait, à (iiire abnégation de tous leurs intérêts matériels, a sacrifier parents, femme, enfants, à se jeter dans tous les liasards, dans toutes les horreurs d'une guerre civile?

Mais il en est tout diiïéremment s'il s'agit pour ces méuies hommes de défendre ce que l'âme humaine a de plus précieux, la liberté de conscience, la première de toutes, puisqu'elle est supérieure et antérieure à tous les pactes sociaux.

C'est la revendication de ce droit sacré d'adorer

pelile église ot ne reconnaissant pas les autorités diocésaines, parce qu'elles les accusent d'avoir, en acceptant le concordat et ses conséquences, pactisé avec l'erreur.

Dieu selon sa foi qui a opéré les plus glorieuses révolutions que l'histoire ait enregistrées dans ses annales. C'est elle qui a fait triompher les gueux des Pays-Bas de toutes les forces de la monarchie espagnole ; c'est elle qui soutient l'Irlande et la Pologne dans leurs luttes incessantes contre deux des plus grandes puissances de l'Europe inoderne; c'est elle qui inspirait les paysans vendéens et bretons lorsqu'ils se levèrent en masse en 1793.

Nous trouvons la preuve du sentiment exclusif qui animait ces populations dans les manifestes que lancèrent les insurgés le lendemain môme de leurs premiers triomphes*. De ces manifestes, nous en avons recueilli plusieurs qui, par leur spontanéité et leur franchise, nous paraissent mériter d'être reproduits.

Ils émanent de trois groupes insurrectionnels différents et qui n'avaient aucun rapport entre eux : Challans (Vendée), sur la rive gauche de la Loire; Saint-Etienne de Montluc (Loire- Inférieure), et la Roche-Bernard (Ille-et-Vilaine) sur la rive droite.

Les gens de Challans s'expriment ainsi :

« Nous vous écrivons les larmes aux yeux et les armes à la main. Nous ne demandons pas la guerre, mais nous ne la craignons pas. Nous avons intention

1. A cfuelles réflexions n'cst-on pas amenç lorsque, se reportant à la On de ceUe guerre, on voit qu'après quatre ans de meurtres, d*incendies, d'exécutions sangUuilesel de représailles etîroyables, le gouvernement républicain fut obligé de concéder presque tout ce quo les populations, fortes de leur droit, demandaient au moment mémo où elles prenaient les armes?

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