LIVRE XXX. S
d'aller chercher les individus auxquels on donnait charge d'Ames, et qui, après comme avant leur consécration, ne méritaient, par leurs mœurs et leur manque complet de dignité, que mépris et dérision *.
Quand la Constituante déclara sa mission achevée, le schisme existait dans tous les diocèses, dans toutes les paroisses, dans toutes les familles*. La Législative s'entéla dans Terreur commise par sa devancière. Elle mit en pratique la maxime qu'en un moment d'égare- Hient Barnave avait eu l'imprudence de proclamer : Périssent les colonies plutôt quun principe! Pour soutenir l'œuvre do la Constituante, elle eut recours aux
1. Comme nous n'aimons à invoquer que des témoignages qui ne puissent ôiro contestés, nous nous contenterons de citer à l'appui de nos appréciations le portrait que trace de TévAque de la Vendée 31. Louis Blanc (t. VIIÏ, p. 177), sur le témoignage du républicain Mercier Durochcr, l'un des administrateurs de ce département :
a Rodrigues, curé do Fougères, élu évoque de Fontenay, fit son entrée dans celte ville sur une petite rosse tfès-maigre; il était en bottes fortes; il avait sa soutane retroussée et un bcUon à la main. Au compliment de félicitation qui lui fut adressé par un orateur patriote il secoua la tèle, haussa les épaules et se hâta de gagner une hôtellerie. Cet homme est un parfait égoïste qui n'a jamais connu que les émoluments de sa place. »
â. Voir le rapport que Gallois et Gensonné, commissaires nommes par la Constituante, firent à l'Assemblée législative au début de la session. Ils y établirent que robligation imposée à tout ecclésiastique de prêter le serment constitutionnel avait été le signal des troubles, que la division des prêtres en assermentés, en non assermentés, avait produit une véritable scission dans le peuple des paroisses, causé la désorganisation des municipalités et amené la dispersion des gardes nationales rurales; enfin que les campagnes troublées ne demandaient que deu\ choses : le retour de leurs curés et la liberté des opinions religieuses.
â60 HISTOIRE DE LA TERREUR.
procédés les plus draconiens de l'inlolérance. Or, Tintolih'ance ressemble a ces remèdes violents dont certains empiriques doublent la dose à chaque crise qui vient assaillir leur malade ; celui-ci paraît éprouver quelque soulagement, mais bientôt les convulsions redoublent de violence, et le patient meurt au moment où le charlatan prétend l'avoir guéri.
On croyait avoir éteint les plaintes des campagnes de rOuest, parce qu'elles n'arrivaient plus jusqu'à Paris. On croyait avoir vaincu toutes les résistances, parce que la tranquillité matérielle n'était plus troublée. IMais le feu couvait sous la cendre.
Les populations abandonnaient les églises où jadis elles se pressaient ; elles allaient au fond des bois, dans les métairies les plus reculées, dans des grottes presque inaccessibles, chercher les sacrements qu'elles auraienteu horreur de recevoir des mains d'un prêtre constitutionnel. Elles n'avaient qu'une pensée, conserver intacte la pureté de la foi de leurs pères \
Au début, le mouvement vendéen et breton fut complètement religieux , nullement royaliste. Certes la chute du trône de Louis XVI, son jugement, son exé-
4. Ce «cnlimcn! est tellement invétéré chez le paysan poitevin et breton que, depuis celle époque jusqu'à nos jours, il a existé et il existe encore dans les Deux-Sèvres, lu Vendée et la Loire-Inférieure, des populations assez nombreuses formant ce que Ton appelle la