‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 146 sur 249 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

atlaqiics, tirent de tous côtés et se répandent dans les Tues en criant : vengeance ! Une trentaine de victimes tombent sous leurs coups. Les frères Bernard s'élancent au milieu de ceâ forcenés, et parviennent enfin à arrêter TelTusion du sang. Ils ont la précaution de faire emprisonner, pour les mettre en lieu de sûreté, plu-* sieurs fonctionnaires désignés depuis longtemps à l'animadversion des insurgés, notamment le président du directoire du district. Sauveur et le procureur-syndic Lefloch.

La soirée se passe si tranquillement que les frères Bernard croient pouvoir se retirer dans leur maison de campagne d'où les paysans les ont enlevés le matin. Mais, dès le lendemain, les plus animés parmi les rebelles, profitant de l'absence des seuls hommes qui puissent avoir quelque influence sur la masse de leurs compagnons, se précipitent vers la prison, en arrachent lesdeax malheureux magistrats et les entraînent à travei^ les rues, voulant, disent-ils, les contraindre à faire amende honorable. Au\ injonctions qui leur sont faites, les deux martyrs ne répondent que par des cris de : vive la République, vive la Nation! et tombent percés de coups ^

Le 15 mars, vingt mille insurgés se présentent devant

1. Les trois frères Bernard, malgré Thunianité dont ils avaient fait preuve, n'en furent pas moins condamnés à mort par le tribunal criminel de Nantes, jugeant révolutionnairemcnt, les deux premiers le 17 ventôse an II (7 mars 1794), et le troisième le 29 germinal suivant (18 avril 1794).

Pour honorer la mémoire de Sauveur, la Convention ordonna par décret que la Roche-Bernard s'appellerait désormais la Rocbe- SHuveur.

Clîolel, chef-lieu de district de Maiue-et-Loire. La garde nationale ne pouvait évidemment pas se défendre comire une avalanche semblable; elle l'essaye cependant, et ce n'est qu'après sept heures de combat* (jue les iisurgés se rendent maîtres de la ville et du château. Les archives sont brûlées, les caisses pillées. Une espèce de commission militaire se forme par les ordres d'un misérable nommé Six -sous, ancien canonnier dans l'armée; elle fait mettre à mort une quinzaine de prisonniers ' .

Des faits également déplorables se passèrent dans une dizaine (!*autres localités*. On peut estimer à trois cents environ le nombre dé personnes qui, du Jl au 15 mars, tombèrent victimes des vengeances du peuple des campagnes. Ce fut surtout dans les chefs-lieux de district que les meurtres furent plus atroces et plus nombreux ; on ne doit pas s'en étonner. De ces petites villes étaient partis depuis trois ans tous les ordres vexatoires , toutes les mesures tyranniques dont les populations rurales avaient eu tant à se plaindre. En immolant quelques fonctionnaires subalternes, les seuls dont les noms étaient parvenus jusqu'à leurs villages, elles se figuraient avoir ainsi décapité la République.

En quelques jours, l'insurrection tint en son pouvoir

1. Six-sous fut, peu de temps après, arrêté par les ordres des chefs vendéens. Il fut passé par les armes après n'avoir que trop souillé de ses forfaits la cause vendéenne.

2. Notamment à Bourgneuf, k Logé, à Savenay, à Tiffauges, à Plumeliau près Pontivy, à Rochefort près Vannes, à Parce près Fougères. ,

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