‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 148 sur 249 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

s*étaient livrées dans les premiers moments et avaient fait parvenir aux autorités constituées des paroles de conciliation et de paix *. Mais ces ouvertures avaient été rejetées avec dédain. La réponse des républicains fut partout la même : « Soumettez-vous d'abord, nous verrons ensuite, dans notre clémence, ce que nous aurons à faire. »

Les quelques personnes qui avaient voulu se porter conciliatrices entre les autorités constituées et les paysans furent ti*aitées en rebelles et payèrent de leur tête la con-

1. Citons notamment la lettre adressée par un comité qui s'était formé, à Machecoul, dès le lendemain de l'envahissement de cette petite ville, et qui réunissait dans son sein tous les partis. La lettre, en effet, estsii^née de Souchu, qui était un chef de bandes, ei'de Boullemer, qui, plus tard, se posa comme le martyr de la cause républicaine. Elle est adressée aux autorités de Nantes et est ainsi conçue :

a Nous vous avons peint ce matin la situation malheureuse où se trouvent les habitants de Machecoul, occasionnée par l'imprudence de quelques gardes nationaux qui ont tiré sur les gens de la campagne, rassemblés au nombre de dix mille de toutes les paroisses circonvoisines de 7 ou 8 lieues à la ronde, qui se présentaient pour s'opposer au tirage du recrutement et se faire remettre les armes qui leur avaient été enlevées par le district. Plusieurs personnes ont péri. Un grand nombre sont en prison et courent les plus grands dangers, si la force armée, qui se porte à Machecoul par Saint-Philibert, ne se retire de suite. Les gens de la campagne veulent la paix; nous sommes persuadés que vous la voulez sérieusement. Nous redoublons d'efforts pour empocher le sang de couler davantage et nous croyons bien que ceux qui sont en prison n'auront aucun mal, et que les gens de la campagne se retireront si vous annoncez que vous vous retirez vous-mêmes. Au nom de la paix et de l'humanité, nous vous en conjurons et sommes vos frères et amis.

« Souchu, J. Peraud, B. L.vncu, Boullgmer, Praud, NicoLLiÈRK, René Daraud. »

fiance que leur avait inspirée le rôle toujours sacré de parlementaires \

Ainsi s'envenima de manière à ne pouvoir plus être guérie que par le fer et le feu la plaie que la République devait porter plusieurs années dans son sein. Ainsi commença cette guerre fratricide des bleus et des blancs, dont les souvenirs et, il faut le dire, les ressentiments ne sont pas encore éteints après plus de soixante-dix années.

Nous avons essayé de dépeindre, en quelques traits, les débuts de l'insurrection vendéenne, nous devons maintenant, pour ne pas interrompre le cours des événements qui se pressent, revenir à ce qui se passait à la Convention et en Belgique. Seulement, avant de quitter ce sujet, constatons de nouveau un fait qui a, suivant nous, une importance historique capitale : c'est que, pendant cette période, les mots de royauté et de monarchie furent à peine prononcés.

Les premières aspirations que les paysans insurgés

1. Gaudin-Bérillais avait cru pouvoir adresser aux autorités nantaises le vœu de 21 communes des environs de Sainl-Étienne de Montluc; il n'avait pris ce rôle de conciliateur, ainsi qu'il le déclarait dans sa lettre d'envoi, que comme contraint et forcé. Aussitôt après avoir formulé les propositions que lui avaient dictées ses concitoyens, il s'était retiré chez lui et n'avait pris part à aucuue démonstration armée. Il fut néanmoins arrêté un mois après dans un guet-apens que lui avait tendu un des commissaires du district de Nantes; conduit dans cette ville, il ne tarda pas à être jugé et condamné à mort. Il fut exécuté le i8 avril i793. (Voir la notice fart intéressante consacrée à Gaudin-Bérillais et à sa négociation, par M. Alfred Lallié. Nantes, 4867.;

inanifeslèrent furent essenliellement démocratiques *. Les premiers chefs qu'ils se donnèrent furent pris dans leurs rangs. Cétait le voiturier Catheliueau, le garde-chasse Stofilet, le perruquier Gaston*. Les Bonchamp, les la Rochejaquelin, les Lescure, les d'Elbée, n'apparurent que lorsque le mouvement se fut généralisé. S'ils hésitèrent d'abord à courir aux arme^, c'est que, jugeant avec leur froide raison et leur expérience militaire le mouvement qui éclatait, ils l'avaient considéré comme dénué de toute chance de succès. Mais, une fois engagés dans la lutte, ils ne faiblirent pas, et presque tous payèrent de leur vie leur dévouement chevaleresque à la cause vendéenne.

1. Dans une proclamation datée de Remouillé en date du i9 mars 1793, citée par iM. Louis Blanc lui-même, on lit ce qui suit*.

<r Pendant les six premiers jours que nous avons été assemblés, quoique nous ayons été au nombre de plus de vingt mille, il n'y avait pas un seul individu qui ne fût un paysan. 11 est unique qu*il ne s'y soit point trouvé un seul bourgeois, un seul noble. C*est une permission de Dieu qui nous a ainsi réunis. »

â. Gaston ne commanda qu'un mois la petite armée qui s'était groupée autour de lui. II périt, le 15 avril 1793, au combat de Challans. Par une bizarrerie qu'il est difficile d'expliquer, le nom do Gaston, qui n'eut aucun retentissement dans les provinces insurgées à raison de sa mort prématurée, s'empara au loin de la renommée due aux autres chefs vendéens. La France et, on peut le dire, l'Europe, ne parlèrent longtemps que des soldats de Gaston. Nous trouvons la preuve de notre assertion, non-seulement dans les mémoires de M'"'' dcIaRochejacquelin, mais dans les lettres inédites de Dumouriez que nous donnons à la un de ce volume.

Les premières nouvelles de Tinsurreotion arrivent à la Convention le 18 mars; mais elles sont encore ce jour-Ia vagues et confuses.

Le même courrier apporte une lettre de Léonard Bourdon annonçant qu'il vient d'être viclime à Orléans d'un affreux guet-apens*.

Le soir même, Barèrc monte à la tribune, armé d'un volumineux rapport et d'une série de décrets qui, suivant lui, doivent^ réunir tous les intérêts comme toutes les sympathies autour de la Convention. Dans son exorde, il rattache le prétendu meurtre de Léonard Bourdon à un inmiense complot qui s'étend sur toute la France et dont les troubles des départements de l'Ouest ne sont que l'explosion partielle.

« On veut, s'écrie-t-il , assassiner la République et l'on commence par assassiner les députés patriotes. La contre-révolution marche, et nous ne marchons qu'après elle.

« Nous ne délibérons qu'après les événements ; il nous appartient de les prévoir et de les prévenir. Vous ne devez plus discuter, vous devez agir, vous devez

4. Nous consacrons à la fin de co volume une note spéciale au prétendu îissassinat de Léonard Bourdon. La dénonciation mensongère de ce conventionnel coûta la vie à neuf honorables pères de famille de la ville d'Orléans.

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