LIVRE XXX
coinbaltre. Vous n'avez encore été que trois jours en Révolution depuis le commencement de votre session : le premier, lorsque vous avez fondé la République; le second, lorsque vous l'avez décrétée une et indivisible; le troisième, lorsque vous avez condamné h mort le tyran. Le reste est couvert de passions, d'intrigues, de divisions qui ont fait le malheur de la République. Oublions ces sujets de querelles et de discordes; en révolution, il ne faut jamais voir que le lendemain et jeter un voile sur tout ce qui s'est passé la veille...
« Laissez de côté les demi-mesures, déclarez-vous corps révolutionnaire. Il s'est élevé des défiances contre Paris. Citoyens, Paris a sauvé la liberté. Le despotisme était un géant ; nous lui avons opposé le géant de Paris, et le géant n'est plus. Les uns ont voulu faire de cette cité tout, les autres rien. Il faut qu'elle ait sa place, mais sa place seulement dans la République. Assurons son existence et sa prospérité, et déclarons que la Convention saura sauver la liberté là où elle a été conquise.
« Mais rassurons également les départements par une déclaration franche et solennelle qui déjoue toutes les manœuvres, qui détruise toutes les calomnies. Décrétons la peine de mort contre tous ceux qui proposeront ou tenteront d'établir la loi agraire ou toute autre loi ou mesure subversive des propriétés territoriales, commerciales et industrielles.
« Maintenant il faut acquitter une dette sérieuse, il faut organiser les secours publics. Beauvais a un rap-
port toul prêt sur cette matière. Je demande qu'il soit mis à l'ordre du jour de demain \
« Il faut prendre deux autres mesures financières ; il faut voter en principe le partage des biens communaux et l'impôt progressif sur les richesses, tant foncières que mobilières.
« Il faut multiplier le nombre des acquéreurs de biens nationaux, il faut vendre par petites portions les biens des émigrés et les parcs ci-devant royaux. La Révolution ainsi consolidée par l'intérêt d'une foule de propriétaires sera inébranlable.
<( Il est une mesure que vous ne devez pas négliger. Elle est nécessaire pour le succès de la Révolution dans les campagnes. Il faut y détruire tout vestige féodal. Il y a une infinité de châteaux d'émigrés, vieux repaires iîle la féodalité qui resteront nécessairement invendus, qui ne serviront ni pour les établissements d'éducation
1. Le décret, qui fut adopté le lendemain sur le rapport de Beauvais, renfermait en faveur des classes laborieuses de magnifiques promesses qui ne furent jamais accomplies; il déclarait dette nationale les secours à donner à riiumanilé souffrante, cl par voie de conséquence considérait comme propriété de l'État les biens des hospices, des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance. Ces biens vendus à vil prix, comme ceux des émigrés et du clergé, vinrent s'engloutir dans le gouffre immense où avaient été jetées pêle-mêle les dépouilles des institutions que la République, dans son fol orgueil, avait essayé de proscrire à jamais. Dès que la terreur eut cessé de peser sur la France, des mesures réparatrices furent prises par les pouvoirs qui se succédèrent en faveur des établissements hospitaliers indignement dépouillés; mais plus d'un de ces établissements se ressent encore, après soixante-dix ans, des pertes considérables que le décret du 49 mars leur a fait subir.