‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 160 sur 249 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

sastre. Aussitôt il voit le danger de sa position. Une moitié de son armée est au delà de la Cette, une autre en deçà. Si les divisions de Valence et du duc de Chartres, qui campent dans ce moment sur les hauteurs qu'ils ont conquises au prix de tant de sacrifices, ont à subir le choc de l'armée autrichienne tout entière, elles peuvent être écrasées, tout au moins pnkîipitées en désortlre au fond de la vallée et acculées à la rivière qu'on ne peut traverser que sur des ponts très-étmils et fort [yen nombreux.

Iah général en chef court à Tirlemont pour parer au plus pressé et prendre lui-même le commandement du corps de Miranda. En mc^me temps, il expédie au duc de Chartres, qui réunit sous ses ordres son corps (l'armée et celui de Valence, l'ordre de repasser la Cette et de se joindre à lui.

Ce n'élait pas chose facile que de dérober à l'ennemi ce mouvement de retraite. Le duc de Chartres s'en tire avec bonheur. Au point du jour il se met en marche et, sans se laisser entamer, repasse la rivière dont la possession avait été la veille si vivement disputée.

L'armée française était sauvée; mais elle avait perdu /i,000 hommes. L'ennemi n'avait eu que 2,000 hommes hors de combat, parce qu'il avait longtemps combattu à l'abri de ses retranchements.

Danton et Lacroix arrivèrent au quartier général le lendemain de la bataille de Nerwinde. Dumouriez était

aux avant-postes, il leur donna rendez-vous à Louvain pour la nuit suivante (20-21 mars).

L'entrevue fut triste et solennelle. Général et représentants comprenaient la gravité des circonstances. Le vainqueur de Jemmapes était devenu le vaincu de Nerwiude ; quoique son imagination enfantât chaque jour mille projets plus inexécutables les uns que les autres, il sentait que Theure approchait où il lui faudrait prendre une résolution définitive.

Les deux conventionnels, sur toute leur route et depuis Bruxelles principalement, avaient pu apprécier la portée du désastre et reconnaître la nécessité d'y remédier avec énergie et promptitude. Ils avaient toujours élé les défenseurs zélés de Dumouriez à la Convention et au Comité de défense générale. Ils s'étaient portés garants, non-seulement de sa capacité militaire qui n'était pas douteuse, mais encore de son attachement à la cause républicaine, qui l'était beaucoup plus. Il y allait de leur honneur, de leur crédit, peut-être de leur tête, d'obtenir du général la rétractation de la lettre du 12 mars.

Cette rétractation, Dumouriez ne voulait la donner à aucun prix ; il sentait bien qu'elle l'amoindrirait aux yeux de son armée, comme aux yeux de tous ceux qui, en France , comptaient sur son épée pour les débarrasser des saturnales du jacobinisme. Enfin, il consent à un mezzo termine ne donnant satisfaction complète à personne, mais permettant d'ajourner la solution des questions brûlantes qui s'étaient, cette nuit-là, agitées entre les trois interlocuteurs. Le général écrit au

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