‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 164 sur 249 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

j'ar chargé le colonel Montjoie de lui porter. Quelle est sa réponse, quelles sont ses dispositions? »

Le colonel autrichien avait laissé Dumouriez épancher sa bile contre les jacobins et détailler tous les griefs qu'il avait contre eux. Fort du secret qu'il a surpris quelques instants auparavant au milieu des fumées du vin de Champagne, il entend ne faire à sou interlocuteur que le moins de concessions possible, et, tout en cherchant à assurer à son souverain le concours d'un homme si important, mettre à haut prix le ralentissemçnt des poursuites auxquelles l'oblige l'inertie des autres coalisés.

« Général, répond- il, Son Altesse le Prince de Cobourgne peut suspendre ses opérations, et par conséquent entrer avec vous dans aucune espèce d'arrangement, tant qu'il restera un seul Français dans les Pays-Bas. Avant toute chose, il est indispensablement nécessaire que non-seulement tout le plat pays soit évacué, mais encore que les places autrichiennes de Namur, Ostende et Anvers, les forteresses hollandaises de Bréda et de Gertruydenberg, le soient également; nous avons une armée victorieuse de soixante mille hommes, nous vous poursuivrons avec quarante mille? et les vingt mille autres iront couper toute retraite à votre armée de Hollande.

— Mais, réplique Dumouriez avec vivacité, je suis aussi fort que vous ; j'attends dans peu de jours des renforts considérables, et je saurai me défendre. »

Le colonel Mack, par un simple geste, indique qu'il n'y a rien à modiûer aux propositions qu'il apporte.

Dumouriez reste un instant abimédans ses réflexions. Puis, tout à coup, relevant la lêie, il s'écrie :

« Les Pays-Bas ont toujours été la proie d'une bataille; j'en ai livré deux, j'ai eu le noalheur de les perdre*, je consens à ce que demande le prince. Je nie retirerai sur la frontière de France et j'enverrai mes ordres aux commandants des places fortes pour qu'elles soient évacuées sans délai; mais il faut que vous donniez a mes soldats l'assurance d'une retraite libre et honorable. Dans peu de temps je n'aurai plus un seul de mes hommes ni dans les Pays-Bas ni en Hollande; vous pouvez voir, par l'accélération que j'imprime à ma retraite, combien je tiens à gagner le plus tôt possible les forteresses françaises et à marcher sur Pari^:. Tout ce que je demande pour le moment au prince, c'est que, arrivé avec son armée à la frontière, il cesse toute poursuite. Car je veux être à môme d'employer toutes mes forces contre Paris, si je le juge convenable dans Tinlérét du pays.

— Le prince de Cobourg, répond Mack, a pleine et entière confiance dans la loyauté et la sincérité de vos intentions. Il m'autorise à vous donner l'assurance formelle qu'au moment venu il interdira, sous un prétexte convenable, le passage de la frontière, même aux troupes légères. Mais vous devez être le premier à reconnaître que cette inactivité de notre part ne saurait être durable que dans le cas où nous verrions s'accomplir vos projets

1. Celle de Norvvinde le 48 mars et celle de Louvain le 22. Dans ses Mémoires, Dumouriez passe à peu près celle dernière sous silence, quoiqu'il l'appelle lui-môme la honteuse retraite de Louvain.

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