LIVRE XXXI. :M
avec toute Ténergie voulue. Si, au contraire, nous nous apercevions que vous n'avez aucune chance de rétablir Tordre en France, nous ne perdrions pas inutilement notre temps et nous aborderions immédiatement les opérations olfensives. Pour leur exécution, nous avons dès aujourd'hui les forces et les moyens nécessaires, et bientôt nous en aurons encore sur une bien plus grande échelle. — Avant trois semaines au plus lard, peut-être même bien plus tôt, le prince aura les preuves les plus irrécusables «le la loyauté de mes intentions et de la fidélité que je mettrai à les réaliser. Voici les combinaisons auxquelles je pense m'arrêter. Avant tout, je tâcherai de gagner les derrières de Lille, je courrai sur Paris avec une avant-garde composée de mes soldats les plus sûrs; là, mon preniier soin sera de m'emparer du club des Jacobins et de ses membres les plus dangereux, de mcUre le Temple en sûreté, de sauver la reine et le dauphin, de disperser la Convention, de faire proclamer le dauphin roi de France par mes troupes. J'aurai pour moi les Parisiens bien pensants, et ils sont en grand nombre. Quant aux moyens d'établir une constitution raisonnable et stable, je ne puis les préciser dans ce moujent, mais je voudrais que l'on prît pour base la constitution anglaise dont la bonté est aflirmée par l'expérience; que. par conséquent, on accordât au roi plusd'autorilé et de considération que la première Constitution ne lui en attribuait; que la noblesse fût réintégrée avec des lestrictions raisonnables dans ses honneurs et dans ses biens; que le peuple obtînt la souveraineté par ses représentants. Mais, de même que je suis prêt à sacri-
fier des milliers d'existences pour la réalisation d'une pareille constitution k établir par la partie la plus nombreuse, la meilleure, la plus raisonnable de la nation; de même, je le déclare à l'avance et en toute sincérité, ' je suis prêt à sacriGer des centaines de mille hommes, si je les avais, pour empêcher que des puissances étrangères s'immiscent dans cette constitution future, pour empêcher qu'aucun émigré, k commencer par M. le duc de Provence, soit admis k y concourir. Car ce sont principalement les émigrés qui, en s'éloignant et en tenant une conduite déraisonnable, ont provoqué en France toutes les haines, tous les crimes et y ont perpétué l'anarchie. Il faudra qu'ils se soumettent sans conditions k la constitution qu'on établira. Du reste, comme ce sont nos amis et nos parents, ils se trouveront en bonnes mains ; c'est moi qui ai empêché la vente de leurs biens, il y a donc possibilité de les leur restituer. Mais, quant aux biens du clergé, il en est autrement; ils sont vendus ou engagés ; leur restitution aurait l'effet le plus fâcheux, non-seulement pour la France, mais encore pour beaucoup d'autres pays. Les sentiments que je professe sont partagés par tous les Français ici présents. »
Valence, le duc de Chartres, Thouvenot et Monljoie se lèvent et déclarent qu'ils partagent absolument les opinions de leur général en chef, et que la meilleure et la plus nombreuse partie de la nation pense coumie eux.
I^ conversation roule alors sur quelques détails.
c( Dans quels termes êtes-vous avec Gustine , demande Mack, et qu'attendez-vous de lui?