LIVRE XXXI
— Je ne suis ni bien ni mal. C'est une tète bornée qui est incapable de rien faire par eile-njeme, on ne peut donc s'y confier. En attendant, j'ai ce double avantage sur lui, qu'il est, quanta présent, cloué sur place par l'armée prussienne et qu'il est bien plus loin que moi de Paris. Cependant, s'il marchait sur moi, je prierais le prince de Cobourg de me venir en aide avec son armée; et je saurais bien lui ouvrir le chemin pour venir jusqu'à moi...
« Mais une autre chose à ne pas omettre, ajoute-t-il négligemment; priez le prince de tenir prêts quelques vingt raille louis d'or pour le cas où j'aurais besoin de faire distribuer cette somme à mon entrée à Paris. J'ai bien, il est vrai, assez d'argent dans ma caisse militaire, mais peut-être vaudrait-il mieux ne pas puiser dans cette caisse, de peur d'éveiller les soupçons. »
Dumouriez renouvelle son engagement d'évacuer sur-le-champ les Pays-Bas, et Mack déclare en revanche, au nom du prince de Cobourg, qu'une fois arrivé à la frontière, celui-ci ne se mettra pas en mouvement avant •que le général français ne l'ait requis de marcher à son secours.
Cette promesse réciproque ayant été solennellement donnée, les deux contractants se séparent. Mack court à Bruxelles faire part à son général du résultat de sa conférence et expédier à l'Empereur un courrier extraordinaire ^
I. Cette conversation, d'une importance hislorique si considérable, est racontée dans un rapport oflRciel, daté du 16 mars et adressé de Bruxelles par Mack à l'empereur François. Nous nous
Par une singulière coïncidence, ce fut en sorUint de son enlrevue avec Tenvoyé autrichien que Dumouriez reçut le décret qui lui ordonnait de faire arrêter le général Miranda à raison de sa conduite k Nervvinde. Dans cet ordre, qu'il se hâta du reste de faire exécuter, vit-il un présage du sort qui Tatlendait, s'il se laissait devancer par la Convention? donna-t-il quelques regrets à la disgrâce d'un compagnon d'armes? Nul ne peut le dire.
Dumouriez, fidèle à la promesse qu'il a faite à l'envoyé de Gobourg, ne reste pas longtemps à Ath et établit son quartier général à Tournay. A peine y est-
sommes borné à mettre sous forme de dialogue le récit qui, dans h» rapport officiel, est naturellement à la troisième personne et à y ajouter quelques particùlarilés qui se trouvent relatées dans un rapport postérieur du prince de Cobourg.
Pendant que nous faisions la découverte de ce précieux document, le professeur de Sybel, dans son remarquable ouvrage sur la Révolution française, GeschiclUe der IXevolulionszeil von il89 bis il9^), donnait l'analyse d'une lettre écrite du quartier général du prince de Cubourg par un officier prussien qui y était attaché, le comte Tauensien. La lettre prussienne, moins longue et moins détaillée que celle du colonel Mack, la confirme dans ses |)oints les plus essentiels. ^
Par un motif que nous ne «^aurions expliquer, Dumouriez, dans ses Mémoires, commet une inexactitude palpable; il fixe au 27 mars la conférence d'Atli. Le rapport officiel de Mack porte la date du 26 au mntin. Il fut écrit aussitôt après le retour de cet officier à Bruxelles. La conférence de Dumouriez et du colonel autrichien eut donc lieu d.:ns la nuit du 25 au 2G.