LIVRE XXXI. 3Î
ne font que se développer sous la pression des événements. Chaque mauvaise nouvelle transmise de la Vendée ou de Tarmée du Nord déchaîne les passions les plus
i fougueuses ; chaque pétition écrite dans un sens montagnard ou girondin sert de texte aux déclamations les
^. plus violentes du parti contraire^ ; chaque manifestation des tribunes, et Dieu sait si elles les épargnent, devient le signal d'une proposition pour réprimer leur insolence, d'une contre-proposition pour la légitimer*.
Dans la Convention, dans les clubs, sur les places publiques chacun a le pressentiment de la crise qui approche, chacun sent le souffle de la tempête s*agiter au-dessus de sa tête. Oa ne peut prévoir ni quand ni comment Torage éclatera ; mais on comprend qu'avant tout il faut raffermir le bâtiment sur ses ancres et d<)pner plus d'autorité et de force à ceux qui tiennent l# gouvernail. Déjà plusieurs fois on a attaqué la composition vicieuse du Comité de défense générale, on. a signalé les nombreux vides qui s'y sont faits parTenvoi en mission d'un grand nombre de ses membres. Le 25 mars, la Convention se décide à apporter des changements à l'organisation de ce Comité, auquel elle donne pour la première fois le nom de Commission de Salut "^ public.
4. Voir les discussions soulevées pfti'ias pétitions de Marseille et d'Amiens dans les séances des t\ et 24 mars.
2. Dans la seule séance du 20 mars, il fut déposé sur le bureau du président huit propositions différentes ayant toutes pour but la police des tribunes. Elles furent renvoyées au comité de législation qui ne fit aucun rapport.
Mais ces changements ne sont ni assez radicaux, ni assez habilement combinés. On est d'accord pour trouver la machine trop compliquée, et on lui conserve les mêmes rouages ; pour regarder le chiffre de vingtcinq membres comme trop considérable, et on le maintient; pour blâmer la présence dans le Comité, avec voix consultative, de tous les députés, et on ne coupe pas court à ce monstrueux abus qui entrave toutes les délibérations et les livre à une publicité intempestive * .
Le lendemain, le président Jean Debry propose, au nom du bureau, la liste des représentants appelés à faire partie du nouveau Comité.
Cette liste est accueillie par les murmures de Textrême gauche, mais elle est adoptée sans aucun changement par le reste de F Assemblée . Elle comprenait :
Neuf girondins : Pétion, Gensonné, Barbaroux, Vergniaud,Buzot, Guadet, Condorcet, Lasource, Isnard ; neuf députés des centres : Sieyès, Camus, Cambaoérès, Quinette, Guyton-Morveau, Delmas, Bréard, Barère, Jeara Debry; six montagnards : Dubois-Crancé, Danton, Robespierre, Ruhl, Prieur (delà Marne), Camille Desmoulins.
Quoique Danton et Robespierre fissent tous les deux partie du nouveau Comité, les démagogues n'en furent pas moins furieux de Tespèce d'exclusion dont on avait usé vis-à-vis de leurs amis. Ils jurèrent de ne pas laisser longtemps subsister un Comité où on les avait