‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 170 sur 249 · LIVRE XXXL 3Î · texte numérisé non relu

LIVRE XXXL 3Î

placés en état de minorité vis-à-vis de leurs adversaires.

Un autre incident vient encore compliquer la situation ; le Moniteur du 25 publie la fameuse lettre du 12 mars. Un grand nombre de députés, montagnards ou girondins, avaient eu des relations avec Dumouriez. Quelle conduite va leur inspirer le soin de décliner toute solidarité dans les entreprises que peut méditer le général en chef de l'armée du Nord?

Danton, qui a quitté la Belgique le 22 mars pour rentrer directement à Paris et qui depuis trois jours ne s'est pas montré à la Convention, signale tout à coup sa pfésence le 27 en saisissant la première occasion venue pour se disculper avant même d'être attaqué.

La discussion portait sur des nominations faites par le ministère de la guerre ; on demandait que la liste des officiers nouvellement promus fût soumise à la Convention. Ducos fait observer qu'il y a un décret qui défend aux députés toute sollicitation auprès des ministres. « Il est facile, dit-il, de savoir si cette loi a été exécutée; le ministre n'a qu'à mettre en marge de la liste qu'on lui demande les recommandations qui ont pu lui être faites en faveur de chacun de ces officiers. » Danton, prenant sans doute ce que vient de dire le jeune girondin pour une insinuation qui peut le toucher personnellement, se lève de sa place et déclare qu'il a recommandé aux ministres d'excellents patriotes, d'excellents révolutionnaires. « Il n'y a, dit-il, aucune loi qui puisse ôter à un représentant du peuple sa pensée. La loi que l'on

vient de rappeler est absurde. Elle a été révoquée par la Révolution. » Puis, comme frappé par l'illumination soudaine d'une pensée qu'il a cependant habilement préparée, il s'écrie : « Il faut que la Convention déclare au peuple français, à l'Europe, à l'univers, qu'elle est un corps révolutionnaire. Oui, soyez peuple. La Révolution ne peut marcher, ne peut être consolidée qu'avec le peuple. »

Des tonnerres d'applaudissements, partis de la Montagne et des galeries, accueillent les paroles du véhément orateur, qui court à la tribune pour mieux dominer l'Assemblée et lui imposer ses volontés.

a Une nation en révolution, reprend-il, est comme l'airain qui bout et se régénère dans le creuset. La statue de la Liberté n'est point encore fondue. Le métal bouillonne, le fourneau est en feu ; si vous ne savez en diriger la marche, vous en serez tous consumés. Il faut qu'aujourd'hui même vous décrétiez : i^que tout homme du peuple aura une pique aux frais de la nation, les riches la payeront ; 2* que quiconque aura eu l'audace de prêcher la contre-révolution sera mis hors la loi ; 3° que le tribunal révolutionnaire sera sur-le-champ mis en activité.

« Sortons de cette léthargie politique dans laquelle nous sommes plongés. Déjà Marseille, dans sa dernière pétition, s'est déclarée la Montagne de la République. Eh bien ! les flots sortis du flanc de cette montagne se gonfleront de jour en jour et rouleront avec fracas les rochers de la liberté sur ceux qui conspirent contre elle. Je ne veux pas rappeler de fâcheux débats, je ne

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