‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 189 sur 249 · LIVRE XXXII. 3GI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. 3GI

donné l'ordre d'arrestation. « Comment, Lescuyer, s'écrie-t-il, vous n'êtes pas encore parti? Hâtez-vous, et revenez de suite avec Bellegarde. »

Une fois en route, le grand prévtft combine son plan de manière à engager le moins possible sa responsabilité. L'ordre fait mention du général Ferrand; le mettre dans la conBdence sera moins dangereux que d'agir sans lui.

Les portes de Valenciennes s'ouvrent naturellement devant le grand prévôt. Sans perdre de temps, Lescuyer court chez Ferrand. En route, il rencontre le commissaire ordonnateur, Beauvallon , qu'il sait être l'un des confidents les plus intimes de Dumouriez. Il l'entraîne chez le commandant de la place dans l'espérance que celui-ci, ayant à soutenir deux assauts au lieu d'un, se rendra plus facilement. Les deux visiteurs sont à l'instant même introduits dans la chambre de Ferrand, qu'ils trouvent couché. Lescuyer, après les compliments d'usage, entame un long discours sur la nécessité d'obéir aveuglément aux ordres de ses chefs hiérarchiques, quand bien même on serait obligé de contrevenir aux réquisitions des commissaires de la Convention. Au milieu de sa harangue, il se tourne vers Beauvallon, espérant que celui-ci confirmera de sa parole les principes qu'il vient d'émettre ; mais celui-ci lui répond en bâillant : n Je dors et je vais me coucher. » Resté seul avec Ferrand, Lescuyer se décide à aller droit au but.

c( Où demeure le député Bellegarde? lui dit-il.

— Pourquoi cette demande ?

— C'est que j'ai ordre de l'arrêter.

— Ordre d'arrêter Bellegarde? Pourquoi celui-là plutôt qu'un autre?

— Il y en a donc d'autres?

— Oui , Lequinio et Cochon , qui viennent d'arriver. »

Trois arrestations à opérer au lieu d'une, cela changeait fort la question. La ruse était plus dif&cile, la force plus périlleuse à employer. Lescuyer se tire de cette position comme le font généralement les subalternes, qui en réfèrent à leur supérieur, au risque de perdre des heures précieuses et de laissée échapper l'occasion. Il écrit à Dumouriez une lettre pour lui annoncer qu'au lieu de lui livrer un seul député, il espère lui en amener trois ; mais qu'il lui est impossible de songer à s'emparer de la personne des représentants au milieu de la ville et en présence de la population ; qu'une telle entreprise amènerait une division entre les corps administratifs, la garde nationale et la troupe de ligne ; que cette division dégénérerait inévitablement en une rixe sanglante, qui pourrait bien ne pas tourner à l'avantage des projets du général; mais qu'en guettant le moment où les représentants sortiront de la ville, comme ils en ont annoncé l'intention, rien ne sera plus facile que de les enlever avec les hussards que Dumouriez lui a donnés et les gendarmes que lui fournira le général Ferrand.

Ce dernier jouait, en effet, un jeu double. Il ne savait qui allait triompher dans la collision qui se préparait ; mais il voulait se mettre d'avance en règle avec le vain-

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