LIVRE XXXII
queur. Aussi ne fait-il point d'objection à Lescuyer lorsque celui-ci vient lui apporter sa lettre, avant de l'envoyer à Dumouriez. Il lui accorde l'ouverture des portes pour l'ordonnance qui va être expédiée aux bains de Saint- Âmand (il était à ce moment trois heures du matin), et le congédie en lui disant de revenir sur les huit heures chercher Tordre nécessaire pour mettre en mouvement les gendarmes dont il lui a promis le concours.
Mais, dès que Lescuyer est parti, Ferrand fait enjoindre au maître de poste de ne fournir à qui que ce soit des chevaux sans sa permission expresse et par écrit. Puis il envoie un de ses aides de camp aux trois représentants pour leur conseiller à mots couverts de veiller à leur propre sûreté.
Les commissaires, sans se douter du péril qui les menace, ne négligent pas cet avis indirect. Ils font dire à un bataillon très-patriote de volontaires de la Charente de venir se mettre à leur disposition , et lui confient la garde des abords de l'auberge où ils sont descendus.
A huit heures du matin, Lescuyer se rend de nouveau chez Ferrand et lui apporte une lettre qu'il vient de recevoir de Dumouriez, en réponse à sa missive de la nuit. Le général en chef lui mande « que Neuilly va arriver à Valenciennes avec des forces supérieures; qu'aussitôt ce renfort arrivé, il ne faut plus
hésiter, mais qu'il faut être sûr de la ville. » Ferrand, certain, que par suite des mesures qu'il a prises, des avis qu'il a donnés, les commissaires ne pourront ni ne voudront sortir, délivre sans hésiter Tordre suivant à Léscuyer :
Ordre du général Ferrand, commandant à Valenciennes.
« Il est ordonné à un détachement de gendarmerie nationale, dont le nombre sera fixé par le citoyen génénéral Léscuyer et qui se trouve être sous mes ordres à Valenciennes, de mettre à exécution les ordres du général en chef Dumouriez.
« A Valenciennes, le S avril 4793, an 2* de la République, huit heures du matin.
« Le général de brigade, Ferrànd. »
A la lettre que Dumouriez adressait à Léscuyer étaient joints : 1" un certain nombre d'exemplaires de la proclamation du général en chef à son armée ; 2** une note qui enjoignait de transmettre un de ces exemplaires à chacun des commandants de place des villes environnantes. Ferrand expédie ces pièces par des ordonnances spéciales, mais ne les accompagne d'aucun commentaire.
Se fiant au zèle que le général semble déployer pour la cause de Dumouriez, Léscuyer le quitte, plein d'espérance, et court préparer les embuscades où doivent tomber les trois commissaires. Mais, à l'auberge, où ceux-ci sont logés, rien ne semble dénoter des