LIVRE XXXH
et se confond en protestations de dévouement à la République. Les députés raccueillent parfaitement, et, croyant pouvoir se fier au zèle d'un officier qui vient leur apporter la preuve palpable de la trahison de Dumouriez, ils Tinvestissent d'un commandement important.
AÎDsi se passa la journée du 2 avril à Valenciennes. Dumouriez dut se repentir amèrement d'avoir confié à
des instruments si peu habiles, à des cœurs si peu décidés, le succès de son entreprise. Autant les agents "if du général rebelle montrèrent de maladresse, de lenteur et de tergiversation, autant les commissaires de la Con-' vention, surpris à Timproviste, déployèrent d'énergie et d'activité. Du reste, la tentative sur Lille échoua peut-être plus misérablement encore, mais par des circonstances entièrement difTéretites.
it.
En même temps qu'il expédiait Lescuyer à Valenciennes, Dumouriez ordonnait à Miaczinski de lever son camp d'Orchies dès la pointe du jour, de marcher àuf Lille, d'arrêter les représentants Carnot et Lesag^Senauliqui devaient s'y trouver, de s*assurer de cette place importante, d'y proclamer la Congtitution de 1791 ; puis de se rendre à Douai, à Cambrai, de pousser enfin une a van t-garde jusqu'à Péronne, et, cela fait, d'attendre ses ordres * .
.4 Voici le teite même de la lettre que Dumouriez adressait à VI 24
Dumouriez avait si peu d*oSiciers de confiance sous la main qu*il en est réduit à envoyer ses instructions à Miaczinski par le même courrier Longuet, qui avait accompagné le ministre et les quatre députés depuis leur départ de Paris. Longuet avait, il est vrai, été F homme du ministre depuis vingt-quatre heures, mais il avait été l'homme du général en chef pendant plusieurs, mois. Dumouriez avait d'aiUeurs une si bonne opinion de luimême qu'il croyait inspirer un dévouement absolu à tous ceux qui rapprochaient. Il fait donc venir le courrier, lui dit qu'il ne le croit pas assez fou pour s'attacher à une ^cause désormais perdue, et, sans attendre sa réponse, lui remet ses dépêches en lui recommandant la plus grande
Miaczinski. On y voit percer l'agitation fébrile qui animait le général au moment où il écrivait. Elle est pleine d'incohérence et de redites.
« Aux bains de Saint-Amand , le i*' avril.
« Je viens, mon cher Miaczinski, de faire arrêter le ministre de la guerre Beurnonville et les quatre commissaires de la Convention nationale, envoyés ici pour m'arrôter ou plutôt pour me faire assassiner, et les généraux ainsi que tout Tétat-major de Tarmée.
a Mettez-vous en campagne dès la pointe du jour. Marchez sur Lille, enirez-y avec une partie de vos troupes, allez trouver le général Duval; montrez-lui la lettre; annoncez qu'il faut, si les commissaires ne sont pas encore partis, les arrêter sur-le-champ. Vous les coaduirez à Orchies, où je vous enverrai des ordres de ce qu'il faudra en faire. Dites-lui aussi que je lui donne ordre de s'emparer du trésor, d'ordonner au commissaire ordonnateur Malet de nommer sur-le-champ un paye»ir et de faire arrêter le citoyen Le Meunier que vous ramènerez à Orchies et pour lequel je vous donnerai des ordres. Ce Le Meunier est contrôleur général de la trésorerie nationale près l'armée. Vous direz à Duval de m'envoyer sur-Ie-cbamp Pelil-jean, parce que je fais faire demain un mouvement à l'armée. Vous lui direz que l'armée est décidée à proposer à la nation entière