LIVRE XXXn
diligence. Il prend seulement la précaution de le faire accompagner par deux hussards.
En route, Longuet s'égare ou feint de s'égarer et met cinq ou six heures pour franchir les dix-huit kilomètres qui séparent Orchies des bains de Saint-Amand ; il n'arrive qu*au grand jour chez Miaczinski.
Celui-ci avait donné à déjeuner à Saint-Georges, à Dumas et aux autres officiers de l'escorte qui, la veille au soir, avaient, de Lille à Orchies, accompagné le ministre et les députés. Les hôtes du général s'apprêtaient à lui dire adieu ; déjà les chevaux étaient sellés, les cavaliers rangés en bataille sur la place. On en était aux dernières poignées de main et aux derniers toasts,
de reprendre la Constitution que noas avions jurée en 4789, 90et94, qui peut seule nous tirer de ranarchie et de Tinfâme tyrannie des Robespierre et des Marat; vous lui direz de Pannoncer aux administrations et vous enverrez, par un officier, à Douai, la lettre ci-incluse pour les administrateurs du département. Faites cette mission avec intelligence et zèle, et revenez sur-le-champ de Lille à Douai où vous arrêterez le général Moreton et vous laisserez le oommandement de la place, jusqu'à nouvel ordre, à l'officier général d'artillerie qui y est en résidence. Ces deux missions faites, vous vous rendrez avec votre troupe à Cambrai, dont vous prendrez le commandement jusqu'à nouvel ordre, et vous pousserez 300 ou 400 hommes sous un bon chef à Péronne pour y tenir garnison. Vous direz à mes compatriotes de Cambrai quel noir complot on a tramé contre leur défenseur, et vous leur ajouterez que je n'ai pris le parti de me soustraire à Taasassinat que pour rétablir Tordre et la Constitution, que nous avons jurée en 4789, 90 et 94, qui peut seule nous savrer de l'anarchie. Je vous embrasse, mon cher Miaczinski, et je compte sur vous et sur vos troupes pour le salut de la France.
« Le général en chef,
a DUMOURIBZ. 9
lorsque arrive Longuet qui demande à parler en particulier à Miaczinski et Tentraîne dans un arrière-cabinet. Bientôt le général revient le visage en feu. Jetant les ordres de Dumouriez sur la table, il s'écrie : « Messieurs, le ministre et les commissaires de la Convention sont arrêtés; j'ai ordre de marcher sur Lille, marchezvous avec nous ?
— Nous sommes sous les ordres du général Duval, pépond Saint-Georges, c'est à lui que nous devons obéir.
— Attendez-moi quelques instants et nous partirons ensemble. »
Saint-Georges et Dumas déclinent cette offre et se retirent précipitamment. Ils sautent en selle et se font suivre par leurs chasseurs. Mais le détachement ne marche pas assex vite au gré de leur impatience; ils envoient en estafette le capitaine Colin qui monte un des meilleurs chevaux des écuries de Saint-Georges.
Miaczinski, laissé seul par ses convives, ne s'aperçoit de la faute qu'il vient de commettre que lorsque ceux-ci sont déjà bien loin. Il veut la réparer par son activité ; il fait battre la générale, seller ses chevaux et ceux des cavaliers qui doivent l'accompagner; car il compte devancer de quelques heures son infanterie qui, ayant trente-trois kilomètres à faire, ne peut dans tous les cas arriver à Lille que vers la fin du jour. Il écrit à Dumouriez pour l'assurer de son dévouement à toute épreuve et se met en marche*.
4. Voici le texte même de la leltre écrite par Miaczinski à Dumouriez :