‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 2 sur 249 · LE COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LE COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE

La royauté vient d'être décapitée dans la personne de son dernier représentant. Ceux qui l'ont livrée au bourreau vont se disputer les lambeaux de sa robe sanglante, et en appeler aux jeux de la force et diji^ hasard. Dans cette partie terrible, où se jouera dix fois dans un an le sort de la France, malheur aux vaincus! ils paieront de leur tête la moindre faute. L'impatience ou le découragement auront pour eux un résultat également fatal.

D'abord, la lutte s'engage au milieu des cris, des hurlements, des imprécations de la place publique. Plu-

t HISTOIRE DE LA TERREUR.

sieurs factions y prennent part; elles se déciment et s'entre-lucnt. Mais bientôt la salle de la Convention est un théâtre trop vaste pour les survivants; c'est au sein d'un ou deux comités que se concentre le combat. Les adversaires les plus acharnés y siègent côte à côte; ils se mesurent des yeux, ils se touchent du coude, ils peuvent voir, pour ainsi dire, dans le jeu les uns des autres. Les plus habiles, par un tour d'escamotage, se débarrassent des plus insouciants. Il ne s'agira plus dès lors que de savoir qui l'emportera des deux groupes entre lesquels se partagent les décemvirs du Comité de salut public. Par une singulière dérision du sort, la victoire restera aux plus vils et aux plus misérables; ils auront la chance suprême d'échapper à la guillotine et de traîner, durant de longues années, dans l'exil et la proscription, le poids écrasant du mépris public.

Mais, à l'époque oii notre récit est arrivé, ces hommes, fatalement réservés au sort qui attend les joueurs de toute espèce, la mort violente ou l'ignominie, sont encore pleins de vie, de haine et de passion. Ils ne songent qu'aux nouvelles perspectives qu'ouvre devant eux la mort du roi ; ils ne pensent qu'à faire tourner au profit de leurs colères les incidents qui peuvent naître des agitations intérieures, des complications européennes.

Au moment même où Louis XVI recevait, dans la tour du Temple, les dernières consolations de la religion, un de ses juges, Lepeletier de Saint-Fargeau, frappé mortellement par un assassin, devançait, au tribunal de Dieu, le juste qu'il avait condamné.

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