‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 3 sur 249 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

L'audace avec laquelle le meurtre avait été commis au Palais-Royal, chez Février, à l'heure oîi la foule aflluait dans les salons de ce restaurateur en renom; l'impunité que le coupable avait trouvée dans une fuite favorisée probablement par quelques complices; la qualité d'ancien garde du corps, prise ostensiblement par l'assassin : tout devait contribuer à augmenter l'impression produite par un pareil événement *.

Dès le 21 janvier au matin, la nouvelle de l'attentat commis sur Lepeletier est connue de tout Paris. Dans la salle de la Convention , avant Fouverture de la séance, elle est le sujet de tous les entretiens. Les démagogues revendiquent hautement Lepeletier pour un des leurs, et demandent qu'on lui décerne les honneurs du Panthéon; ils rappellent avec aigreur que le dernier discours de l'illustre défunt a été vivement attaqué par plusieurs orateurs de la droite; ils font entendre, à demi-mot, que les députés qui n'ont pas condamné à mort Louis XVI sont peut-être de connivence avec celui qui a voulu le venger, ils insinuent aux membres de la Plaine, qui ont voté avec eux dans les derniers scrutins, qu'ils sont tous désignés au poi-

4 . Le meurtrier de Lepeletier, Paris, désespérant d'échapper aux poursuites, se donna la mort quelques jours plus tard dans une auberge de Forges-Ies-Eaux. Son identité fut reconnue par deux commissaires de la Convention. Quelques historiens ont révoqué en doute la réalité de ce suicide, sur la foi de témoins qui prétendaient avoir rencontré Paris à Genève plusieurs années après.

Nous nous refusons à croire, à moins de preuves certaines, à ces légendes qui ne reposent d'ordinaire que sur des ressemblances foK contestables.

gard des assassins, et qu'ils n'ont de salut que dans une indissoluble union avec la Montagne.

Vergniaud prend possession du fauteuil de la présidence à rheure même où Louis XVI monte à Téchafaud. Tous les assistants pensent au drame sanglant qui s'accomplit à quelques pas de là, mais personne n'y fait allusion ; le seul événement du jour semble être le meurtre de Lepelelier. A peine Maure, son collègue de députation, en a-t-il terminé le récit officiel, que les plus fougueux Montagnards assiègent la tribune pour exploiter ce crime au profit de leurs ressentiments particuliers. Jean-Bon-Saint-André dénonce Valady pour avoir fait imprimer et placarder sur les mûrs de Paris le discours qu'il a prononcé en faveur du roi. Rovère dénonce Chambon pour avoir, dans la salle du Comité de sûreté générale, tiré le sabre contre le patriote Saint- Huruge. Carrier dénonce Thibault, évéque et député du Cantal, pour avoir écrit à ses commettants une lettre où il osait dire que la Montagne était composée de scélérats. Bréard demande que Ton ordonne immédiatement des visites domiciliaires; Osselin et Bourbotte appuient cette proposition.

(c Oui, s'écrie Barère, que dans deux fois vingt- (juatre heuœs le même échafaud, qui a servi pour le tyran, serve encore pour ses complices. Là République a été décrétée le 21 septembre, mais c'est ce matin quelle s'est affermie. Ne donnons pas à nos adversaires le temps de se reconnaître; prenons de nouvelles mesures contre les stipendiés de Coblentz; accordons les honneurs du Panthéon à Lepeletier, car dans sa per-

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sonne a été frappée la nation tout entière, a été violée la souveraineté nationale. »

Robespierre fait un pompeux panégyrique de Lepeletier et rappelle complaisamment qu'avant de succomber sous les coups d'un assassin, le martyr de la liberté a été en butte aux calomnies de la Gironde ; il profite de cette insinuation pour réclamer avec fnstance l'examen immédiat des comptes de Roland.

Pétion veut répondre à Robespierre, mais il est salué par les épithètes de lâche et de calomniateur chaque fois qu'il essaie de prendre la parole. En présence de la fureur de la Montagne et de l'effroi de la Plaine, il ne songe plus à attaquer, mais à se défendre; il invoque les dangers de la patrie, il fait wi appel à l'union et à la concorde. Une voix, partîe de l'extrême gauche, y répond; cette voix, c'est celle de Danton.

Plus qu'aucun autre de ses amis de la Montagne, il savait déguiser ses desseins sous les apparences de la générosité, et en poursuivre le succès avec une habileté que sa fougueuse nature n'aurait pu faire supposer. Le Comité de sûreté générale, le plus important, puisqu'il avait dans ses attributions toute la police de la République, était depuis douze jours entre les mains de la Gironde ' ; la Montagne ne pouvait rien avoir de plus pressé que de l'arracher à sa rivale. A plusieurs reprises, depuis le commencement de la séance, les démagogues avaient tenté de faire mettre aux voix le renouvellement du Comité; Robespierre

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