LIVRE XXXII
Dumouriez s'est fait précéder au camp de Maulde par une nouvelle proclamation, dont le mot d'ordre est encore : « Mes enfants , suivez-moi » et dont le mot de ralliement est cette fois : « Je réponds de tout. » Il y renouvelle ses récriminations contre la Convention qui emploie les revenus publics à faire voyager des intrigants, des factieux sous le nom de commissaires; contre le parti jacobin qui veut envoyer à Téchafaud les généraux que l'armée a vus si souvent à sa tête braver des dangers de toute espèce. Il y fait, à la fin, ce suprême appel : « Si vous me secondez, si vous avez confiance en moi, je partagerai vos travaux, vos dangers. La postérité dira de nous : « Sans la brave armée de « Dumouriez , la France serait un désert aride ; elle l'a « conservée, elle l'a régénérée : soyons les dignes fils « de si glorieux pères! * »
Bientôt le général en chef arrive au camp ; durant quatre heures, il se mêle aux soldats, leur promet la paix et le repos dans deux mois, s'ils veulent marcher avec lui sur Paris.
se trouve in extenso au Moniteur, n° 97. Elle est datée du camp de Maulde, 3 avril, 8 heafW du matin. Hoche parut à la barre de PAssemblée le 5 avril, au commencement de la séance.
Le post-scriptum qui se trouve au bas de cette lettre faisait pressentir que, si les circonstances devenaient plus critiques encore, Leveneur chercherait à s'échapper et à se réfugier dans une ville où il pourrait attendre les ordres de la Convention. C'est ce qui arriva vingtquatre heures après. Leveneur, trompant la surveillance que Dumouriez avait établie autour de lui, s'enfuit à Bouchain et de là gagna Arras, où il se remit entre les mains de la municipalité de cette ville.
h . Cette proclamation se trouve m extenso au Moniteur, n° 98. VI 55
Valence, qui est connu plus particulièrement de cette partie des troupes depuis trois mois sous ses ordres, parle avec chaleur de la gloire passée et des triomphes à venir. Il aborde familièrement les simples soldats, donne des poignées de main aux sergents et comble de caresses les ofliciers. Il en présente individuellement un grand nombre à Dumouriez et Tassure, en leur nom, d'une obéissance aveugle, d'un dévouement absolu.
Dans ce camp se trouvait un bataillon de volontaires parisiens, le cinquième. Il attire naturellement l'attention de Dumouriez, qui le harangue en ces termes :
n Mes enfants, je veux vous donner la paix et sauver la patrie. Je l'ai déjà sauvée plusieurs fois ; vous en êtes témoins. Il nous faut la constitution que nous avons jurée pendant trois années de suite, en 1789, 1790 et 1791. Il nous faut sauver la France de ses assassins Si vous voulez me suivre, les moyens sont
entre vos mains. »
Valence s'avance alors et, prenant par la main le lieutenant-colonel qui est à la tête de son bataillon, il dit au général en chef :
« Voilà notre brave commandant du cinquième, il ne nous abandonnera pas. »
Cependant cet officier, mfs en demeure de confirmer cette déclaration, balbutie quelques mots de regret sur l'arrestation du ministre de la guerre et des commissaires de la Convention. « Je réponds de tout, se hâte de dire Dumouriez. Il ne sera fait aucun mal aux députés. Quant au ministre, il n'est point fâché d'être arrêté. »