‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 208 sur 249 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

Dumouriez avait promis aux Autrichiens de leur livrer une place de sûreté, en garantie des arrangemenls qu'il avait pris avec eux. Il ne pouvait plus espérer enlever Valenciennes, où Lequinio et ses deux collègues faisaient bonne garde; il ne pouvait se hasarder à marcher sur Lille avant d'avoir reçu des nouvelles de Devaux. Il devait donc tourner ses vues sur la petite ville de Condé.

La cavalerie, avec laquelle le général Neuilly avait tenté. de s'emparer de Valenciennes, s'était repliée sur cette place et sur les villages environnants. Le général en chef était persuadé qu'à son premier signe elle intimiderait, s'il était nécessaire, le reste de la garnison et lui assurerait la possession de la ville sans coup férir. Aussi ne s'était-il pas inquiété de prescrire à Neuilly de faire une démonstration qu'il croyait pouvoir retarder sans danger.

Mais le 4 avril était le jour fixé pour l'entrevue avec le prince de Cobourg, entrevue qui devait avoir lieu sur la limite des deux frontières, à moitié chemin de Condé et de Boussu. Que répondre si les Autrichiens exigent la livraison immédiate de la place de sûreté promise? Dumouriez mande au quartier général le commandant de place Langlois, qu'on lui a signalé comme un homme qui n'est pas sûr. Celui-ci, imitant la conduite de presque tous les officiers que nous avons vus

sucœssivement paraître en scène, tenait à se mettre en règle vis-à-vis des deux partis. Ce n'est qu'après avoir envoyé aux commissaires de Valenciennes une souaiission aussi explicite que possible* qu'il se résout à aller trouver Dumouriez. Il arrive aux bains de Saint- Âmand le k avril, à cinq heures du matin. Le général le fait aussitôt introduire et, le regardant fixement :

(c Commandant, lui dit-ii, on prétend que je dois vous soupçonner.

— Pas de trahison, général, j'ai toujours été fidèle à mon serment.

— Vous me promettez que vous obéirez aux généraux?

— Oui, comme je leur ai toujour» obéi.

— Puisqu'il en est ainsi, vous pouvez retourner à Condé, j'y serai dû reste presque en môme temps que vous. »

Langlois, dès qu'il est de retour à Condé, fait avertir

1. Voici le texte môme de la lettre écrite par Langlois aux commissaires :

« Coudé, lo 3 avril 1793, l'an ^2*^ de la République.

a Citoyens, je suis dans une position bien critique; je reçois continuellement des ordres do Dumouriez; dois-jo refuser ou non? Il a envoyé ce matin un de ses aides de camp avec ordre de commander à Condé à ma place et de me rendre de suite à Saint-Amand. J*ai eu la maladresse de m'y rendre; où étant, j'ai appris que vous étiez à Valenciennes et qu'il était déchu de son commandement. En conséquence, je suis revenu vite sans le voir. Dictez-moi actuellement la marche que je dois tenir.

« Le commandant temporaire,

«c Langlois. »

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