‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 231 sur 249 · G tto lettre arriva à Vienne le IG avril · texte numérisé non relu

G tto lettre arriva à Vienne le IG avril

L'empereur François II au prince de Cobourg.

« Le rapport que m'a fait le colonel Fischer envoyé par vous, relativement à Tentreviie avec Dumouriez, m'a préoccupé à ce point que je ne puis tarder d'une minute à vous transmettre mes instructions. J'espère de votre zèle pour le bien général, pour la cause du repos à restituer à l'Europe entière, de votre dévouement pour moi, et de vos nobles sentiments auxquels la conservation de votre si grande célébrité vous fait un devoir de veiller, — que vous suivrez ponctuellement ces instructions,

« La situation intérieure de la France est telle, que ce serait une véritable impossibilité politique de conclure la paix ou môme seulement de consentir à des négociations préliminaires certaines. Tout ce qu'on pourrait dès lors entreprendre devrait tendre à gagner un homme important ou un parti, afin de s'assurer ainsi les voies et moyens nécessaires pour rétablir la paix plus facilement. Or, je vous laisse à vous-même le soin de juger si Dumouriez est cet homme, et si on peut avoir en lui la confiance qu'exigent de semblables et aussi délicates négociations. Dumouriez n'a-t-il pas honteusement trompé le duc de Brunswick par des négociations simulées, et n'a-t-il pas, après avoir ainsi gagné du temps pour rassembler une armée nombreuse, et après que les armées coalisées d'Autriche et de Prusse se sont trouvées affaiblies par cet incident si heureux pour lui, n'at-il pas, dis-je, rompu les négociations en s'excusant de ne pouvoir plus négocier, parce que la France venait d'être déclarée en république? Et c'est cependant lui qui a le plus fait pour qu'elle devînt république. Dumouriez, par sa présence à Paris, n'a-t-il pas encouragé le meurtre du roi, et n'a-t-il pas, a» moment où il se préparait à attaquer vigoureusement la Hollande, et où, bien plus, il entrait déjà en Hollande, cherché à tromper lord Auckland par des négociations?

« Dumouriez veut donner pour prétexte, que grâce aux progrès victorieux de nos armes la contre-révolution naissante est entravée, et qu'il en pourrait résulter itérativement une union de la nation entière, union qui serait dangereuse pour nous. Or, ce qui prouve que ce n'est qu'un prétexte, c'est que ce sont pré-

cisément nos victoires qui ont rendu le courage aux royalistes, et qu'il est évident qu'une contre-révolution ne serait pour personne plus redoutable que pour lui et la faction orléaniste dont il est, lui, le véritable ressort moteur. 11 est dès lors manifeste que Dumouriez n'a jamais été ni pu être sincère dans ses propositions, qu'il n'a jamais songé sérieusement à rétablir l'ancien régime (à moins que ce ne fût avec Orléans comme roi).

« Par les négociations commencées avec vous, Dumouriez semble avoir pour but de gagner du temps, afin de pouvoir anéantir par la force ses antagonistes à lui et ceux de son parti, puis d'empêcher.le progrès de nos armes victorieuses et enfin de semer la défiance entre moi et mes alliés, par des négociations fréquentes avec lui et par notre inaction singulière. 11 faut que Dumouriez ait de doubles intentions par rapport aux conditions actuelles en France, d'abord, d'opprimer et de supprimer les républicains ainsi que les partisans de l'ancienne maison royale, et secondement de mettre le duc d'Orléans sur le trône de France. Ces intentions se trouvent anéanties par nos instances. Il cherche donc à nous tromper par de feintes négociations sur les véritables intentions qu'il poursuit avec son parti.,.. »

(II y a ici dans le manuscrit allemand une phrase complètement inintelligible.)

« ... Même une victoire moyenne remportée sur nous (Dieu veuille que ce ne soit pas!) ne pourrait plus le sauver avec son parti, et c'est ce qui le pousse maintenant à recourir à son ancien artifice. La conquête des trésors hollandais a été sa seule ressource. Or, il est obligé d'y renoncer désormais à tout jamais. Il ne lui reste donc plus qu'un seul moyen, et dont il s'est déjà servi deux fois avec tant de succès.

u Les deux Égalité, en faisant semblant de renier leur père, ont fait une gaminerie (bubenstuck) convenue par ces gens-là entre eux, car je tiens de source certaine que tout ce qui s'est passé entre Égalité et ses fils a été entrepris par ordre du père.

(( Je vous ai exposé tout cela le plus minutieusement qu'il m'a été possible, afin que vous voyiez bien la nécessité de mes •demandes. Ces demandes sont : Que vom ne vous laissiez aller,

5005 aucun prétexte, sous aucune condition, ni par Dumouriez ni par qui que ce soit, à suspendre, fut-ce un seul moment, la poursuite de vos opérations militaires, et que tout au contraire vous vous efforceriez d^ entretenir et d'augmenter, si possible, les appréhensions de Vennemi ci-dessus mentionnées,

« Je vous prie donc de ne jamais donner à Dumouriez le plus petit espoir que vous arrêterez les opérations; mais, s'il renouvelle ses ouvertures, de vous borner à répondre : que rien ne me serait plus agréable que de voir V ordre rétabli en France directement par les efforts de la partie bien pensante de la nation; que je persiste en attendant dans les principes justes et modérts que j'ai fait connaître jusqu*à présent comme devant être introduits éoentueUement dans la forme gouvernementale future, et que Dumouriez, quand il aura affirmé par des actes les principes louables quil a déclarés ici, pourrait compter pour lui et ses coadjuteurs sur mon assistance et ma bienveillance.

« De plus je dois vous prier, si de semblables propositions vous sont faites dans Tavenir, d'en faire dresser chaque fois un procès-verbal circonstancié et de me renvoyer sans retard. Au reste, je ne puis m'empôcher de vous témoigner ma pleine et entière satisfaction de la conduite sagace et circonspecte que vous avez tenue en ceci.

«« Vienne, 8 avril 1703.

(i François. »

L'empereur François au prince de Cobourg.

« Vous aurez pu voir toute ma pensée sur Taffaire Dumouriez par la lettre que je vous ai fait parvenir par le colonel Fischer. Ce que m'apprend votre rapport du 2 de ce mois me prouve, il est vrai, que Dumouriez est parti pour Paris pour se protéger contre la faction républicaine; mais, comme dans sa lettre au feklzeugmeister de Clerfayt il n'explique point formellement si c'est Louis XVII ou le duc d'Orléans qu'il veut proclamer roi, force m'est toujours de douter de ses bonnes intentions à Tendroit de l'ancienne maison royale.

« Mais comme tout cela, quelque chose qui arrive à Paris, ne peut que nous être très-favorable, je ne puis que vous expri-

mer ma satisfaction pour tout ce que vous avez fait en cette affaire. Mais je vous prie d'avoir constamment l'œil le plus vigilant sur tout ce qui se passe à Paris. La grande confiance que j'ai en vous, d'une part, et que m'inspire votre circonspection habituelle, puis aussi la grande distance où nous nous trouvons fait que je dois me borner à vous recommander de faire tout ce que les circonstances exigeront, et de toujours m'informer sans retard de vos actes.

a H va sans dire que, dans le cas où Dumouriez proclamerait roi le duc d'Orléans, il ne devra nous demander aucune espècç d'assistance. 11 serait à désirer que nous pussions obtenir possession de l'une ou de l'autre des forteresses. Du reste, c'est encore une fois les circonstances qui décideront du plus ou moins de durée de l'armistice ; et, sous ce rapport aussi, je dois m'en rapporter à vous. Seulement je désire être informé minutieusement et rapidement de tout ce qui se passe.

« Vienne, 10 avril 1793.

« François. »

L'empereur François au prince de Cobourg,

« Je vous ai fait connaître par ma lettre d'hier, qui a dû vous avoir été remise par le courrier baron Kleist, ma ratification de l'armistice conclu. Mais, comme les événements qui se passent en France sont tels qu'ils doivent nécessairement favoriser considérablement les opérations de mon armée, comme de plus, si le bruit qui se répand que cet armistice doit être prolongé se confirme, je m'exposerais au danger de voir les alliés profiter de la circonstance et conclure de leur côté un armistice qui nous nuirait, ou tout au moins, je risquerais qu'ils nous fassent le reproche de les avoir abandonnt's, en les exposant seuls au choc des forces françaises, comme enfin il vous sera facile, si votre matériel de siège tarde trop longtemps à vous arriver, de vous procurer, en attendant, de l'artillerie hollandaise et anglaise, comme encore vous pouvez, pour vous renforcer, réunir à vous les troupes hollandaises, anglaises et hanovriennes, comme finalement Dumouriez doit être arrivé à Paris à l'heure qu'il est et que la confusion et la

consternation doientavoir atteint maintenant le plus haut degré en France, je vous prie, à la réception de la présente, de déchirer immédiatement que, sur mon ofldre, l'armistice sera rompu sur l'heure, puis de pénétrer aussi rapidement et aussi vigoureusement que possible sur le territoire français, et, s'il ne vous est pas possible d'attaquer tout de suite une forteresse importante, d'en emporter au moins une moyenne.

« La manière dont la France est tombée sur moi en me faisant la guerre ne me permet pas de considérer si Dumouriez ;Jfc ^ proclamé roi le duc d'Orléans ou Louis XVll. Le devoir qui m'incombe comme monarque me commande de tirer le plus grand avantage possible de la confusion qui existe chez l'ennemi. Je vous prie donc d'avancer en France avec toute votre circonspection, avec toute votre résolution, mais surtout d'occuper celles des forteresses qui forment, du côté de la France^ la barrière des Pays-Bas.

« Vienne, 11 avril 1793.

« François. »

Le baron de Thugut au général Wurmser.

« Très-noble comte de l'empire,

(i Votre Excellence est sans doute déjà informée des propositions que Dumouriez a faites au prince de Cobourg. Elles consistent essentiellement en ceci, que, pour rétablir l'ordre à l'intérieur, il veut s'employer énergiquement avec ses troupes si, pendant ce temps, nous suspendions nos opérations de guerre. Le commandant en chef s'étant borné à transmettre purement et simplement cette proposition, il est arrivé dans l'intervalle, ainsi que Votre Excellence Ta sans doute déjà appris également, que Dumouriez, pour affirmer ses prétendues bonnes dispositions, a h'vré au prince de Cobourg avec tout ce qu'ils possédaient le ministre de la guerre français Beurnonville et quelques autres membres et employés de la Convention nationale qui étaient venus pour l'arrêter et, à ce qu'il prétend, pour le massacrer. A cette occasion, il a également donné au prince l'assurance qu'il allait se porter immédiatement, avec son armée.

contre Paris et contre la Convention nationale, pour y humilier la faction qui domine et accomplir ses promesses.

a Quelque satisfaisante que soit cette résolution et quelque désirable qu'en soit la mise à exécution, puisqu'elle peut contribuer d'une manière ou d'autre au succès de nos entreprises. Sa Majesté persiste cependant dans la décision prise par Elle à notifier au prince, dès la première nouvelle annonçant les propositions faites par Dumouriez, décision portant que nonobstant cette déclaration favorable en apparence, nos opérations de giierre devront être reprises aussi rapidement que possible, et devront être poussées de tous les côtés avec toute la vigueur possible, attendu que Sa Majesté ne vent pas faire dépendre d'événements fortuits la continuation d'une campagne commencée si glorieusement, et considère bien plutôt, comme tout à fait favorable à la poursuite du but final, précisément ce moment où l'apparition de Dumouriez, entrant avec son armée dans rintérieur du pays, doit nécessairement y porter au plus haut degré la confusion et la terreur.

« Sa Majesté a fait transmettre à Sa Majesté le roi de Prusse la résolution ainsi arrêtée. Elle ne doute pas que, de son côté. Sa Majesté prussienne ne voudra, elle aussi, se servir de ces circonstances favorables pour commencer rapidement ses entreprises. Je crois bon de notifier tout spécialement à Votre Excellence ces résolutions de Sa Majesté, aûn que Votre Excellence puisse prendre les mesures voulues dans ce sens, non-seulement en ce qui touche les projets et entreprises ultérieurs, mais aussi dans les circonstances où il s'agira de ranimer l'activité du concours prussien, et de formuler en conséquence les représentations directes qu'il y aura lieu de faire au roi même. * « Comme il m'est personnellement agréable et souvent même utile d'entretenir une correspondance avec Votre Excellence, je la prie de m'envoyer de temps en temps, suivant que ses grandes occupations le permettront, des informations sur les choses les plus essentielles qui se passent là-bas, et de me communiquer ses idées relativement aux espérances possibles, aux moyens qui pourraient aider au succès de nos entreprises, et aux obstacles, s'il en existe.

« Votre Excellence m'obligera par là très-particulièrement.

et je m'efforcerai constamment et vivement de saisir toute occasion pour donnera Votre Excellence des preuves du ^férï" table dévouement et dn respect distingué, avec lesquels je demeure, de Votre Excellence

<( L'obéissant serviteur, baron de Thugut.

« Vienne, le 14 avril 1793. »

Rapport du prince de Cobourg à VEmpereur.

%. (( Par mon dernier rapport. Votre Majesté a été informée de

la démarche décisive que le général Dumouriez a osé entreprendre afin de rétablir Tordre et la tranquillité dans sa malheureuse patrie et la sauver si la chose est possible.

« Le mémoire ci-joint contient la relation complète de tout ce qui s'est passé pendant les négociations, et fait connaître les suites qu'elles ont eues.

<( Ces suites n'ont point eu, il est vrai, pour le rétablissement du repos en France, un résultat aussi favorable que le général Dumouriez croyait ou paraissait croire qu'elles auraient. Cependant, pour ce qui nous touche, il nous en reste toujours un avantage essentiel, inappréciable, c'est que, aidés par les projets et les démarches du général Dumouriez, nous avons pu marcher en avant à partir de Bruxelles et occuper une partie des Pays-Bas sans aucune perle, et que Tarmée ennemie a perdu un général aimé et estimé d'elle par-dessus tout, et a perdu aussi plusieurs autres généraux, ainsi que diverses divisions d'infanterie de ligne, dont une partie a, ou bien passé chez nous, ou s'est dispersée en regagnant ses foyers. De plus, la haine entre l'infanterie de ligne et la garde nationale a considérablement augmenté. Enfin nous sommes devenus maîtres des camps importants de Maulde et de Bruille, et nous sommes mis à môme de pouvoir bloquer Condé.

a Les proclamations dont il est question dans le mémoire du colonel Mack sont jointes à la présente.

« A. C'est la déclaration que le général Dumouriez a lancée la première dans son armée *.

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