‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 235 sur 249 · PREMIÈRE CATEGORIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CATEGORIE

GéNéRAlJX ARBÉT^S AVANT LE 1" AVRIL 1703.

Lanoue avait près de soixante ans en 1793. 11 était colonel depuis 1771, maréchal de camp depuis 1783; lieutenant gé-

néral depuis février 1792. Le 10 mars 1793, à la suite de l'échec d'Aldenhoven, il fut mandé à la barre de la Convention. Il y comparut le 28, et fut renvoyé au tribunal révolutionnaire (le Moniteur contient in extenso son interrogatoire). Si peu de charges s'élevaient contre lui que le tribunal rendit le 10 raai une ordonnance de non-lieu. Il ne reprit pas de service.

Stengel avait 50 ans en 1793. 11 était né dans le Palatinat et était sous-lieutenant au régiment d'Alsace dès 1760. Il fut fait maréchal de camp le 13 septembre 1792. Sa qualité d'étranger ameuta contre lui tous les démagogues, Marat, Robespierre, Ruhl, Turreau, le dénoncèrent à l'envi comme le principal coupable de Téchec d'Aldenhoven. Traduit devant le tribunal révolutionnaire, il fut acquitté le 16 mai 1793; mais il resta suspendu de ses fonctions jusqu'en nivôse an II/. Envoyé à l'armée d'Italie, il y commandait la cavalerie, lorsque Bonaparte vint en prendre le commandement; deux mois après, il tombait glorieusement sur le champ de bataille de Mondovi.

MiRANDA, né en 1754, à Caracas, dans l'Amérique du Sud, fut fait maréchal de camp au commencement de 1792 et lieutenant général le 9 octobre de la môme année. Arrêté le 26 mars 1793, il fut conduit à Paris et demanda à paraître à la barre de la Convention pour se disculper. Voici la lettre qu'il écrivit à cette occasion;

«( Paris, le 4 avril 1793, Tan 2* de la République.

(( Citoyen président,

(( Ayant été appelé par deux décrets de la Convention nationalle à la barre pour y être entendu en justification de ma conduite et en réponse à des inculpations militaires dont il me sera facile de démontrer l'erreur ou l'injustice; ayant attendu chaque jour, depuis le 29 mars, sans que la gravité et la multitude des affaires qui sont survenues m'aient permis d'obtenir le moment si désiré par moi; réfléchissant d'ailleurs que la connaissance des faits que je me proposais de donner à la Convention nationale et dont j'avais instruit quelques-uns de ses membres devient encore intéressante depuis que la con-

juration a éclaté dans toute sa noirceur, je prie la Convention nationale de rae renvoyer à ses comités militaire et de défense générale pour y être entendu et le rapport lui en être fait.

« J'offrirai cette dernière réflexion à la justice de la Convention nationale : celui que Dumouriez a victime parce que, de son ami, il devint son antagoniste dès l'instant qu'il le reconnut conspirateur, est encore accusé et détenu.

« Votre concitoyen, Miranda. »

Renvoyé devant le tribunal révolutionnaire, il comparut le 12 mai ; son procès dura cinq jours et se termina par un acquittement. Suspect, à raison de ses anciennes relations avec Pétion et quelques autres gifondins, il ne recouvra sa liberté qu'après le 9 thermidor. Dégoûté de la liberté qu'il était venu chercher en France et qui ne lui avait valu que misère et proscription, il retourna en Amérique, où il est mort.

Harville, né le 23 avril 1749, comptait, en 1793, plus de vingt-cinq ans de service et était lieutenant général depuis le 6 février 1792. 11 commandait la ville et le château de Namur lors de la retraite de Dumouriez et s'apprêtait à les défendre vigoureusement, lorsqu'il reçut l'ordre formel du général en chef de se retirer sur Maubeuge; il ramena toute son artillerie, douze cents malades et six mille sacs de blé. Quelques bateaux chargés de vieux matériel étant tombés, par la négligence des gens du pays, entre les mains de l'ennemi, les représentants du peuple, Hentz et Laporte, qui étaient à Mézières à vingtcinq lieues de là, le firent arrêter et conduire à Paris. Sur le rapport de Lecointre, fait au nom du comité militaire, Harville fut déféré au tribunal révolutionnaire. Mais Fouquier-Tin ville trouva les charges si peu graves qu'il déclara qu'il lui était impossible de traduire le prévenu devant le tribunal. L'affaire, renvoyée devant le Comité militaire, fut l'objet d'un nouveau rapport de Camille Desmoulins qui conclut tout à fait en faveur d'Harville. Mais celui-ci ne put obtenir sa mise en liberté et resta en prison jusqu'au 9 thermidor. Il fut réintégré dans son grade par décret du 28 ventôse an III. Il fit, de l'an III à Tan X, les campagnes de Sambre-et-Meuse, de Rhin

et Moselle et d'Italie. Il fut fait sénateur en Tan XI et mourut pair de France en 1815.

BoucHET, né à Besançon en 1731^ avait fait les campagnes de Flandre de 1747 et 17i8, commandé en 1761 le génie à la défense de Belle-Ile. Il fut employé aux lles-sous-le-Vent de 1763 à 1766, et nommé lieutenant général du génie en 1791. Hentz et Laporte le firent arrêter en môme temps que le général Harville, pour avoir fait travailler aux fortifications de Namur le jour môme de Tévacuation de cette place : « Ce qui évidemment, disait l'arrôté des représentants, était une preuve de connivence avec Tennemi, puisque ces réparations ne pouvaient profiter qu'à ceux qui allaient occuper Namur. » Bouchet répondait avec beaucoup de raison qu'il avait fait continuer les travaux jusqu'à la dernière heure pour ébruiter le moins possible la nouvelle de la retraite des Français ; qu'au resté les travaux qui faisaient l'objet de l'accusation n'avaient eu rien d'utile. 11 fallut plus de quinze mois pour faire rendre justice au malheureux Bouchet. Enfin un arrêté du Comité de salut public en date du 30 messidor an II, provoqué par Carnet, vint mettre fin à sa longue détention. Il est mort en Tan X, sans avoir repris de service.

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