‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 27 sur 249 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

Paris. Mais le grand financier de la Montagne, Cambon, tranche la question, en assurant que les sommes à fournir sur les fonds du trésor public seront promptement remboursées au moyen d'un impôt largement progressif assis sur les seuls citoyens aisés de la capitale; que dès lors on doit considérer, non comme un secours, tout au plus comme une avance, le million dont parle Tarticle 6 du décret. Le projet est donc adopté sans plus de débats.

Quelques jours après, les membres de la dëputation de Paris prennent occasion et de ce vote et de la malencontreuse pétition dont nous avons parlé plus haut, pour adresser aux habitants de la capitale une longue lettre où ils leur prêchent en même temps le calme et la défiance : « le calme pour tromper les espérances de ceux qui veulent, à Taide de nouveaux troubles, pousser le peuple au désespoir et lui faire accepter des fers et du pain ; la défiance, pour déjouer les complots des aristocrates sous quelques formes qu'ils se déguisent. C'est le seul moyen de consolider la liberté et de faire renaître Tabondance ^ »

Malheureusement le calme ne dura pas même quelques jours; la défiance, au contraire, s'enracina dans les cœurs. Quant à la liberté et % Tabondance, les violences de la place publique devaient les faire fuir pour longtemps loin de notre malheureuse patrie.

\ . La lettre dont il est ici fait mention ne se trouve ni dans le Moniteur, ni dans presque aucun journal du temps. Robespierre, qui probablement Tinspira, et peut-être la rédigea, la donne in extenso dans son journal V.Ami de la Constitution. Bûchez et Roux Tout reproduite, dans leur Histoire parlementaire, t. XXX, p. 286.

Le million que nous venons de voir allouer à la Commune était dévoré avant qu'il eût été voté. Quelques jours après, la caisse municipale se trouvait dans les mêmes embarras ; les craintes d'une disette imminente se renouvelaient; l'agitation, un instant calmée dans les faubourgs, reprenait à vue d'œil tous ses caractères alarmants.

Le dimanche 21 février, des groupes de femmes et d'enfants se forment à la porte des boulangers. On parle d'aller à la Commune et à la Convention. On passe bien vite du projet à l'exécution ; on se rend auprès de Pache pour lui demander l'autorisation de se présenter à l'Assemblée, d'y solliciter la diminution du prix des comestibles et d'y dénoncer les accapareurs. Le nouveau maire se souciait peu d'inaugurer ses fonctions municipales en paraissant, à la tète d'une bande de femmes, devant ceux qui l'avaient si brutalement destitué trois semaines auparavant. Feignant donc de ne pas comprendre que les citoyennes viennent prier les magistrats du peuple de leur servir de guides et d'orateurs, il leur répond qu'elles n'ont nullement besoin d'autorisation pour faire part à la Convention de leurs plaintes et de leurs vœux ; il ajoute, pour colorer son refus, quelques phrases banales sur la sollicitude de la Commune à l'égard des intérêts et des souffrances de la population

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