‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 32 sur 249 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

contre l'Etat. Cette nouvelle proposition est adoptée, mais aussitôt nombre d'autres députés demandent que TAsçemblée vienne au secours de leurs départements. Ils sont interrompus par des rumeurs toujours croissantes. « Le renvoi de toutes les propositions aux comités, crient les uns. — L'ordre du jour, » répondent les autres ^

« Comment, Tordre du jour? dit Louvet. Est-ce que le peuple des départements n'est pas le peuple? Y a-t-il donc ici des hommes qui croient que, dès que la Commune de Paris a des moyens de subsistance, aucun département ne doit plus avoir faim dans la République? »

Chambon veut ajouter quelques mots, mais sa voix se perd au milieu du tumulte. Ne voulant pas répondre par un trop criant déni de justice aux propositions de œux qui veulent que l'on s'occupe de la situation misérable de la province, l'Assemblée charge ses comités de lui faire prochainement un rapport général sur les secours i\ fournir durant la crise des subsistances. C'était, il faut le reconnaître, la manière la plus habile de terminer le débat.

Un moment après, Basire donne lecture delà rédaction définitive du décret qui autorise la Commune à faire battre la générale pour rétablir la tranquillité publique, il est accueilli par les exclamations ironiques de la droite. '« C'est inutile maintenant, s'écrie Lanjuinais, la comédie est jouée; on a nos millions, les troubles vont s'apaiser d'eux-mêmes. »

4. Voir le Journal don Débats et décrets, n" 161, p. 323. La fin (le cette séance est tout à fait tronquée dans le Moniteur,

Pache et les officiers municipaux, qui l'ont accompagné au Comité de sûreté générale, ne quittent la salle que munis de l'expédition authentique des deux décrets que leurs amis, Basire et Thuriot, ont fait adopter par l'Assemblée. Ils reviennent en toute hâte à l'Hôtel de Ville où le Conseil général siège en permanence. En même temps qu'eux y arrivent des délégués de diverses sections qui annoncent que la force armée ne se réunit qu'avec une peine extrême et que l'on continue à piller dans les boutiques des épiciers. « Tant mieux! » crient les tribunes après chacun des rapports. Le maire, qui a repris possession du fauteuil, se contente d'imposer silence aux audacieux interrupteurs et de faire adopter par le Conseil une adresse qui prêche aux citoyens de Paris le calme et la concorde.

A ce moment parpft Jacques Roux, qui depuis le matin fomentait l'émeute dans la section des Gravilliers et présidait aux taxations arbitraires, c'est-à-dire au pillage des magasins du quartier.

Un des membres de la minorité courageuse que le Conseil général de la commune comptait encore dans son sein, Cuvillier-Fleury, lui reproche son odieuse conduite et demande que cet officier municipal fasse connaître pourquoi il n'était pas à son poste dans un moment aussi critique. Jacques Roux ne craint pas d'avouer ses faits et gestes de la journée; il s'enorgueillit même d'avoir ainsi mis en pratique les maximes de Y ami du peuple^ son ami et son modèle*.

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