‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 39 sur 249 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

alarme tous les intérêts, après avoir froissé toutes les consciences. Par ses décrets des 19 novembre et 15 décembre 1792, la Convention promet secours et protection aux nations qui s'insurgeront contre leurs souverains; elle ordonne à ses généraux, aussitôt qu'ils mettront le pied sur le sol étranger, de détruire, d'ex-, tirper les institutions contraires à la liberté et à l'éga- ^

lité. Elle envoie des commissaires (et quels commi% saires!) faire l'éducation des peuples dont ses armées occupent le territoire.

Le pouvoir exécutif déclare virtuellement abolis les actes internationaux qui peuvent contenir des clauses attentatoires au droit naturel, il affiche la prétention de réviser de sa propre autorité les traités qui, depuis plusieurs siècles, forment le droit public de l'Europe. Pour le triomphe de principes très-constestables, on jette un défi à la face de la Hollande et de l'Angleterre, on proclame la liberté de la navigation de l'Escaut et de la M^use, contrairement aux stipulations les plus formelles du traité de Westphalie * . Ce n'est pas assez d'avoir sur les bras la Prusse et l'Autriche, on provoque intempestivement la Diète germanique en envahissant le pays de Porentruy, en s'emparant de plusieurs villes impériales, notamment de Spire, de Mayence et de Francfort.

Mais la France n'est pas seule animée de la soif des conquêtes. Les trois puissances qui, en 1772,

4. Voir les considérants de l'arrêté du pouvoir exécutif relatif à l'Egcaut (Moniteur du 46 novembre 4792, n° 328).

se sont associées pour le crime du premier partage de la Pologne, songent à profiter des troubles européens pour procéder à un nouveau dépècement de ce malheureux pays. Seulement, plus avisée que ses deux complices, l'astucieuse Catherine, si elle proclame bien haut sa haine contre la Révolution française, n'appuie ni d'un soldat, ni d'un écu les tentatives de la Prusse ^ de l'Autriche pour exécuter Jes menaces de Pilnilz; elle réserve ses ressources en hommes et en argent afin de se jeter, au moment opportun, sur la patrie des Jagellons et des Sobiesky, et de s'y tailler la part du lion, sauf à abandonner quelques débris de cette proie à ses deux anciens copartageants.

Le nombre des Etats observant la neutralité vis-à-vis de la France se restreint de jour en jour. Seuls, ils auraient pu élever la voix en faveur de l'infortuné Louis XVI, puisque seuls ils avaient conservé des relations diplomatiques avec le gouvernement français. Mais, avant la catastrophe du 21 janvier, ni l'Angleterre, ni les puissances Scandinaves, ni les souverains de l'ila- , ie, ni même l'Amérique, n'avaient tenté de démarches officielles. L'Espagne avait présenté quelques timides observations, et nous avons vu comment elles avaient été reçues * ; aussi pouvait-on prévoir que, dans un temps assez rapproché, le gouvernement de la Péninsule passerait d'une neutralité de plus en plus douteuse à une hostilité déclarée. Et cependant, avec quelques ménagements habiles, le cabinet de Paris aurait pu

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