‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 43 sur 249 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

A cette vive et saisissante peinture des dangers que va braver ]a France, des sacrifices auxquels elle est résolue pour conquérir la liberté des peuples, un frénoissement patriotique parcourt l'Assemblée et les tribunes. Mais le président recommande le silence et Brissot continue :

« Ce n'est que par une suite de sacrifices, ce n'est que par des efforts surnaturels que vous pouvez espérer de vaincre, d'abattre ce colosse plus imposant que terrible de l'Angleterre, ce dernier appui de la coalition couronnée... Si, destinés à combattre la ligue des tyrans, vous n'aviez qu'un roi à votre tête, Français, votre perle serait certaine ; mais la liberté vous commande; la liberté fait des miracles; vous vaincrez. Vous pouvez tout, si vous voulez tout fortement. Que l'esprit de liberté électrise toutes les âmes , éteigne les passions particulières ou plutôt les fonde en une seule, la passion de la liberté. Que tous les esprits se rallient autour de l'arche sainte : la Convention. Qui tend à la faire mépriser ou à la dissoudre, est l'ennemi d\} genre humain; car le salut du genre honiain est ici ^ • »

De toutes parts on demande à aller aux voix , mais Ducos s'élance à la tribune. Ses traits respirent l'enthousiasme, ses yeux lancent des éclairs; sa voix vibrante commande l'attention et triomphe de l'impatience de l'Assemblée :

4. Voir le Journal des débats et décrets, n° 436, p. 4 et suivantes. Le discours de Brissot y est beaucoup plus développé que dans le Moniteur n° 33.

8t HISTOIRE DE LA TERREUR.

La Convention, s'écrie-t-il, en étendant la main comme pour prêter un serment solennel au nom de la patrie, « la Convention nationale de France ne déclare point la guerre au roi d'Angleterre. Je jure en présence de l'Europe et de la postérité que, grands dans votre longanimité, comme dans votre courage, vous avez longtemps sacrifié le juste ressentiment inspiré par le dédain, la malveillance et les outrages du gouvernement anglais, à l'estime obstinée que vous gardez pour une nation qui fut libre, au désir de vous unir à elle par des liens fraternels. Pour rinstruction du peuple anglais, pour la justification de la France aux yeux de l'univers, je demande la publication de toute la correspondance échangée entre les cabinets de Paris et de Saint-James. La publicité des démarches d'un gouvernement libre et juste sera toujours sofa apologie.

« Faisons entendre à l'Europe la voix de la justice mêlée aux chants de la victoire ; mais quand la raison a parlé, c'est à la force à la soutenir. Vengeons nos droits trop longtemps insultés ou méconnus. Quant aux despotes qui osent attaquer notre liberté, punissons-les par la délivrance de leurs peuples. Que nos frontières se couvrent de soldats, nos ports de matelots; que la patrie tout entière s'avance pour défendre la patrie; le jour du combat approche, le printemps va renaître et l'arbre de la liberté doit reverdir avec la nature. »>

De longs applaudissements accueillent les derniers mots du jeune orateur. L'Assemblée décideique la correspondance échangée entre les cabinets de Londres et de Paris sera immédiatement livrée à l'impression et

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