‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 5 sur 249 · LIVRE XXVÎ · texte numérisé non relu

LIVRE XXVÎ

risme, qui a l'air d'être profond et qui est vide de sens : « Je ne connais qu'une sentinelle active et incorruptible, c'est le peuple; ce sont toujours les dénonciations du peuple qui ont déjoué les complots. Le peuple ne se trompe jamais ^ »

L'AsseiBblée, convaincue par cette phraséologie démagogique, décrète aussitôt que le Comité de sûreté générale sera intégralement renouvelé et qu'il ne sera plus désormais composé que de douze membres. Thuriot, qu'enhardit le succès de Fabre, revient alors sur la proposition déjà faite par Robespierre. li^d^Q^dAde que l'on supprime le bureau destiné à former Tesprit public, et que le ministre de l'intérieur soit tenu de rendre compte immédiatement des fonds mis à sa disposition dans ce but.

La seconde motion de la Montagne passe sans plus d'opposition que la première. Depuis le jugement fatal, prononcé trois jours auparavant, la Gironde comprend qu'elle s'est rendue suspecte aux républicains par ses hésitations et ses propositions dilatoires, qu'elle a perdu à jamais l'appui des anciens constitutionnels en prêtant les mains à la condamnation de Louis XVL Elle se laisse aller à la dérive, n'osant plus résister au coufant qui entraîne la majorité vers la gauche. Quelques-uns de ses coryphées semblent n'a^bir qu'une seule préoccupation, celle d'expulser du sein de l'Assemblée nationale Philippe-Egalité, l'objet spécial de sa haine et

4. Le discours de Fabre d'Églantine est à peine mentionné dans le Moniteur. On le trouve dans le Journal des Débats et Décrets, n* 426, page 304.

(le ses craintes. Mais c'est en vain que Louvet rappelle à la Convention qu'elle a promis solennellement de s'occuper de cette question aussitôt qu'elle aurait statué sur le sort du roi ; c'est en vain qu'à plusieurs reprises il s'écrie : « Chassons les Bourbons ! » Ce delenda Cart%ago du commensal (WM""* Roland reste stns écho. On dirait que l'Assemblée veut écarter tout ce qui, de près ou de loin, pourrait ramener sa pensée vers le drame funeste qui vient de s'accomplir sur la place de la Révolution. Aussi, lorsque le président Vergniaud lui annonce qu'il aregn le procès- verbal de l'exécution de « Louis Capet », se hâte-(r-elle de passer à l'ordre du jour et de suspendre la séance.

Les députés, qui étaient restés depuis le matin dans la salle du Manège, purent alors constater par euxmêmes l'impression qu'avait produite, sur la population parisienne, le supplice de Louis XVI. Toute la. journée, les boutiques avaient été fermées, les ateliers déserts; les femmes de la halle, en signe de respectueuse sympathie, avaient refusé d'aller occuper leurs places habituelles. Marat lui-même reconnaissait, dans sa feuille d'ordinaire si furibonde, que, le 21 janvier, Paris paraissait avoir assisté à une fête religieuse. Vami du peuple ne disait que trop vrai. Ce jour-là n'avait-il pas vu s'accomplir le martyre *^e la victime innocente de nos discordes civiles ?

L'abattement était général, l'inquiétude universelle. Chacun comprenait que la Révolution entrait dans une ^se nouvelle, que les partis, qui semblaient avoir consenti à une trêve momentanée pour juger Louis XVI.

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