LIVRE XXV
allaient, sur son cadavre, se livrer un duel à mort. Le malin même, cette trêve avait été rompue par les Montagnards. Ils avaient profité de l'effroi causé par le meurtre de Lepeletier pour faire adopter, en principe, plusieurs mesures importantes; le soir, ils en réclament
impérieusemlttt l'application.
La séance, suspendue à quatre heures, est reprise à six. A peine Vergniaud est-il remonté au fauteuil, que l'extrême gauche demande que Ton procède immédiatement au scrutin pour le renouvellement du Comité de sûreté générale. En vain quelques députés fontHi^^^4)server que, aux termes du décret *, cette nomination ne doit avoir lieu que le lendemain. Rien ne peut calmer rimpatience de la Montagne, dont les rangs sont compactes, tandis que ceux de ses adversaires sont fort dégarnis. « Il est toujours temps de sauver la patrie, dit Choudieu; ceux qui veulent retarder la nomination du nouveau comité ne sont que des conspirateurs. » — Oui, oui ! s'écrient en chœur tous les séides de la démagogie. Louvet proteste contre la pression tyrannique qu'on semble vouloir exercer; les vociférations des Montagnards deviennent de plus en plus violentes. Vergniaud est contraint de mettre aux voix la proposition de Choudieu. Elle est adoptée; puis un décret décide (jue : 1* chaque votant déposera dans Ttirne une liste, sur laquelle il aura inscrit douze noms, et qui sera signée de lui ; 2** que tout bulletin non signé sera considéré comme nul et non avenu.
1. Voir le procès-verbal officiel de la Convention, séance du i\ janvier.
L'appel nominal commence par le département de la Gironde. Vergniaud et Grangeneuve déclarent que, n'étant pas préparés à une élection aussi précipitée, ils sont dans l'impossibilité d'improviser une liste. D'autres membres réclament avec une égale vivacité contre la surprise dont la minorité veut rendre la majorité victime. Mais les énergumènes de l'extrême gauche obtiennent, à force d'insistance, qu'il soit passé outre à toutes les réclamations.
294 membres sur 749, dont se compose la Convention, prennent part au vote ^ Naturellement, la liste dressée d'avance par la Montagne passe tout entière. Les nouveaux élus sont en grande partie les fameux convives du banquet où Viard avait été admis à faire ses révélations, les signataires des ordres d'arrestation illégaux,
4. Le règlement de l'Assemblée ne déterminait pas le minimum de voix nécessaire pour la formation des comités. Les Montagnards proOtèrent de cette lacune pour faire valider un scrutin auquel n*avait participé qu'un peu plus du tiers des membres de la Convention et où dix des élus sur douze n'avaient pu réunir la moitié plus une des voix émises. Voici, en effet, d'après le procès-verbal officiel, le nombre de voix obtenues par chacun des membres du nouveau Comité de sûreté générale: