LIVRE XXVlf
Casablanca trois jours auparavant. Truguet se hâte de faire rembarquer les Marseillais, dont il lui tarde d'être débandasse, et les expédie vers les côtes de Provence. Pour ne pas paraître avoir fait une campagne complètement inutile, il laisse dans Tîle Saint-Pierre et dans la presqu'île Saint-Antioche une garnison de 700 hommes de troupes de ligne sous le commandement du colonel Sailly. Après avoir promis à cette petite garnison de lui envoyer promptement des secours et des vivres, il donne Tordre de mettre le feu au Léopard^ que tous les efforts de l'intrépide Bourdon-Grammont n'ont pu parvenir a remettre à flot ; puis, il fait voile pour Toulon*.
Ainsi se termina l'expédition contre Cagliari. Mal conçue, plus mal préparée, entreprise au milieu de rhiver, conduite sans ensemble, elle coûta à la marine ses plus beaux vaisseaux, au trésor des sommes énormes; elle restera un témoignage irrécusable de l'imprévoyance du pouvoir exécutif et de l'indiscipline de la phalange marseillaise.
Cette troupe recrutée dans toutes les sentines de la JMéditerranée avait bien pu envoyer à Paris l'élite de ses
1. Les promesses de Truguet ne furent pas tenues ; la petite garnison de Saint-Pierre et de Saint-Antioche fut abandonnée à son mallieureuz sort; trois mois après, elle était forcée de se rendre prisonnière de guerre à la flotte espagnole. Nous donnons à la 6n du volume une série de documents officiels qui montrent, d'une part, combien ces 700 hommes, laissés sans secours sur un îlot de la Méditerranée, firent faute aux trois régiments qui allaient avoir à disputer la Corse à Faoli et aux Anglais, de l'autre, quelles furent pendant ce temps les souffrances de ces malheureuses victimes de l'obéissance passive.
108 ursToiiiii: de la terheur.
bravi pour une expédition qui rentrait dans ses goùls et dans ses habitudes; mais aussitôt qu'elle fut engagée dans une entreprise plus dangereuse, elle ne résista pas à la première panique et compromit l'honneur du drapeau français qui n'aurait jamais dû abriter sous ses plis de pareils miséj'ables.
Les membres du pouvoir exécutif et les chefs des troupes de terre et de mer s'accordèrent pour faire le silence autour d'une entreprise entamée à grand bruit et si tristement avortée. Le Moniteur en annonce seulement en quelques mots le résultat final ; la plupart des historiens la mentionnent à peine. Il est vrai qu'ils ont a.G:i de même à l'égard de la contre-attaque dirigée contre les îles de la Magdelaine et dont il nous reste à parler. Cette dernière omission mérite d'autant plus d'être remanjuée qu'elle a eu pour résultat de laisser dans l'oubli le premier fait d*armes d'un jeune capitaine d'artillerie qui devait (pielques années plus lard être l'empereur des Français, Napoléon 1".
Le petit archipel de la Magdelaine est situé entre la pointe sud de la Corse et la pointe nord de la Sardaigne. Il est formé de trois îles [)rincipales, la Magdelaine, Saint-Etienne, Caprera% qui ne sont séparées l'une de
\. Celto derniéro îlo a acquis une grande renommée par le séjour qu'y fait, depuis quelques années, Garibaldi. Le chef des voionlaires