LIVRE XXVir
La Révolution française, à son début, avait été accueillie en Angleterre avec la plus vive sympathie. Il avait fallu toutes les fautes et tous les crimes commis depuis quatre ans pour éclaircir peu h peu les rangs des écrivains, des orateurs, qui dans la presse, au Parlement, soutenaient les idées démocratiques. Burcke et ses amis, le duc de Portland et ses partisans, s'étaient successivement prononcés contre ceux qui sapaient à coups redoublés le trône de Louis XVI. Après le 10 août, Fox et Sheridan restèrent seuls à soutenir l'alliance des deux pays ; mais ils ne disposaient plus que d'une cinquantaine de voix dans la Chambre des communes, et cette minorité déjà si faible tendait k s'amoindrir chaque jour. La conquête de la Belgique, l'ouverture de TEscaut, les projets peu dissimulés contre la Hollande, les craintes et les jalousies du commerce britannique, les tentatives folles de quelques adeptes du jacobinisme en Angleterre, enfin les jactances de certains membres de la Convention * rendaient presque inévitable la guerre entre les deux nations.
4. Une députation de la Société constitutionnelle do Londres était venue à la fin de 4792, à la barre de TAssemblée, féliciter la nation française de ses victoires en Belgique. Le président Grégoire répondit ainsi à sa harangue :
« Sans doute le moment approche où les Français iront féliciter la Convention nationale de la Grande-Bretagne. »
Pilt sut admirablement exploiter, au profit de Tidée dont il était Theureux et habile représentant, ce revirement des esprits. Il sentit que l'heure était venue de venger son pays de Timmense humiliation que la France lui avait fait subir en l'obligeant à reconnaître l'indépendance des colonies d'Amérique. Par une singulière anomalie, le prétexte qu'il cherchait depuis longtemps, il le trouva dans le supplice ignominieux du monarque qui avait encouragé cette révolte et avait fait consacrer par un traité solennel l'existence des États-Unis.
Depuis l'emprisonnement du roi, les rapports entre les deux cabinets n'avaient plus été officiels» mais seulement officieux. M. de Chauvelin, accrédité le 2 mai 1792 comme ambassadeur de Sa Majesté Très-Chrétienne près la cour de Saint-James, était resté à son poste. Les ministres anglais acceptaient les notes qu^il présentait au nom du gouvernement républicain ; ils y répondaient sans reconnaître explicitement la novation, cependant radicale, qui s'était opérée dans son mandat. Mais les débats des chambres, les discussions entre Pitt et Fox, la présentation et l'adoption de Y aiitn-bill, qui permettait d'expulser les étrangers sans recourir aux formes protectrices de la liberté individuelle, les préparatifs fort peu cachés que faisait l'Angleterre en appelant sa milice, en armant ses arsenaux et en demandant au Parlement des subsides considérables : tout cela constituait un état de choses qui n'était plus la paix et qui n'était pas la guerre.
Deux hommes, tous deux anciens journalistes, l'un