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Histoire de la terreur, 1792-1794

Nous l'avons dit au début de cet ouvrage, et dous aurons souvent occasion de le redire, despotisme et démagogie ont entre eux mille points de ressemblance. Presque toujours même origine : l'ignorance, la peur et la bassesse ; mêmes moyens : le mensonge, la violence et l'intimidation ; mêmes résultats : l'abaissement des cœurs et l'écrasement des volontés. Tant qu'ils n'ont pas réussi à absorber toutes les forces vives d'une nation, les despotes et les démagogues prennent grand soin de déguiser leur nature et leurs tendances, ils se glissent dans l'ombre vers la proie qu'ils convoitent. Mais dès que, m tP 1

par ruse ou par violence, ils Tont saisie, ils chaniçent de langage en changeant d'attitude, ils remettent en honneur les maximes qu'ils ont |)Oursuivies de leurs plus ardentes invectives; ils adoptent les pratiques (pfils ont flétries le plus énergiquement.

Nous n'écrivons pas l'histoire du despotisme ; peut-t^tre un jour nous sera-t-il donné de dévoiler, dans un autre ouvrage, les mystères qui ont entouré les origines d'autres pouvoirs qui, eux aussi, donnant un éclatant démenti k leur programme, se sont hâtés de confisquer à leur profit la souveraineté populaire.

Aujourd'hui c'est la démagogie que nous avons à montrer telle qu'elle a|)parut le lendemain de son triomphe aux yeux de nos |)ères terrifiés. Jamais elle ne s'est |)lus complètement incarnée (|ue dans la commune insurrectionnelle du 10 août. Jugeons-la donc sur les actes de cette commune fameuse. Vovons comment les envahisseurs de l'IIôtel-de-Ville comprirent et pratiquèrent la liberté. Sachons ce qu'ils firent des conquèt(»s de 1789.

Eux et leurs amis n'avaient eu jusqu'alois i\ la bouche que les mots d'humanité et de philanthropie ; ils ne cessaient de se proclamer les hommes sensibles \mv excellence. A peine vainqueurs, ils ne parlent plus que de meurtres et de vengeances.

Ils avaient épuisé leurs anathèmes à flétrir la maxime célèbre : La fin justifie les moyens. Cette maxime devient leur unique symbole de foi, depuis qu'ils l'applifjuent à ce qu'ils appellent le salut public^.

4. Nous sommes heureux d'avoir à constater sur ce point notre

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Soit pour atta(|iuM*, soit |)oiii* se défendre, ils avaient toujours invo(|ué le i<rand principe de la liberté individuelle. Aussitôt que le trône constitutionnel de Louis XVI est renversé, la commune, au moyen de ses comités de surveillance, institués à THôlel- de -Ville et dans chacune des quarante-huit sections parisiennes, organise le plus formidable espionnage qui jamais ait existé en aucun temps et dans aucun pays. Klle attribue le droit d'opérer des arrestations en masse à des subalternes qui demain délégueront leurs prétendus pouvoirs à des subalternes plus infimes et plus misérables encore; elle remplit les anciennes prisons au point de les faire déborder, elle en ouvre de nouvelles qui bientôt déborderont à leur tour, jusqu'à ce que le massacre les vide.

Combien d'applaudissements avaient accueilli les décrets de l'Assemblée constituante qui avaient déclaré individuelle' la responsabilité des fautes et des<^rimes ! La commune propose de se saisir à titre d'otages des enfants de ceux qu'à tort ou à raison elle poursuit de ses vengeances; empruntant aux tyrans du moyen Age leurs odieuses pratiques, elle va jusqu'à emprisonner des

complet accord avec un écrivain dont nous sommes si souvent obligé (le combattre les assertions et les doctrines. M. Louis Blanc, en terminant son Histoire de la Révolution, p. 601 du tome XII, s'écrie : « Il était résor\é à la Convention de léguer aux générations futures un exemple à jamais mémorable du danger de ce sophisme, plein de meurtre^ : Le siilut du peuple est la suprême loi. — Je dis sophisme; car le sidut du peuple, on fait, signifie toujours le salut de telle ou telle nation dans telle ou telle circonstnnce, et, certes, il n'est pas de nation dont le salut vaille qu'on lui sacrifie un seul des principes qui sont, pour rhumanité, d'un intérêt permanent, invariable, éternel.»

femmes, pour forcer les maris à se livier eux-mêmes.

Le droit de pétition avait été proclamé un droit sacré; il avait été revendiqué avec une audacîc sans pareille par les démagogues avant le 20 juin et le 10 août; ils en avaient abusé pour envahir la salle de TAssemblée nationale <. interrompre les plus importantes discussions et violer le domicile royal. iMaintenant la commune proscrit en masse les signataires de pétitions qu'elle qualifie d' anti-civiques ; elle les signale aux vengeances populaires, les prive de leurs droits électoraux et les déclare indignes de remplir aucune fonction*.

La liberté de conscience avait été inscrite dans la constitution avec l'assentiment universel; Ja commune sollicite remprisonnement et la déportation, bientôt elle ordonnera le meurtre en masse des ecclésiastiques, auxquels on ne peut reprocher d'autre crime que de n'avoir pas voulu .prêter un serment que leur conscience réprouve.

La déclaration des droits, la constitution et les lois pénales avaient assuré aux accusés la liberté absolue de la défense; pendant la Constituante et la Législative, les orateurs de la démagogie n'avaient |)as cessr» de tonner contre les commissions extraordinaires, contre les chambres ardentes, dont la création momentanée avait signalé les plus mauvais jours du despotisme royal. Les nouveaux souverains de Paris enlèvent aux prévenus la faculté de se faire défendre par des avocats autres que

1. Arrêté du 11 août 1792. Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, lomeXVII, p. 49.

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