LIVRE XL S
à son choix, envoyer au conseil général six commissaires comme cela avait eu lieu depuis le 10 août, ou deux seulement, comme le voulait la loi votée depuis trois jours.
Dans cette circonstance, comme dans toutes les crises en présence desquelles ils se trouvèrent^, les Girondins, en tergiversant, en offrant des solutions équivoques, laissaient échapper de leurs mains le gouvernement de TAssemblée et donnaient sans le vouloir à leurs adversaires, les Montagnards, toute facilité pour s*en emparer; ceux-ci au moins savaient qu*on ne peut rallier les volontés flottantes et indécises des corps délibérants qu*en leur soumettant, au moment décisif, des propositions simples, nettes et tranchées. Ce fut là le secret de leur force et la cause de leur triomphe.
Quand Gensonné a fini d*exposer le plan présenté par la commission extraordinaire, Thuriot remonte à la tribune et n'a pas de peine à faire ressortir les inconséquences que renferme le projet des Vingt et un. Pouvait-on subordonner la composition du conseil général au bon plaisir de chacune des sections parisiennes? Était-il admissible que telle comptât six représentants et telle autre deux? A l'anarchie dont on se plaignait n'était-ce pas substituer une nouvelle anarchie que de
4. Nous avons vu, le 10 aoôt, les Girondins voter en même temps le maintien et la destruction de la royauté; nous les verrons le 17 janvier voter Famendement de Mailhe qui, au moyen d'un misérable faux-fuyant, avait la prétention do sauver le malheureux Louis XVI tout en le sacriûant. Nous les verrons, le 31 mai, déclarer que les citoyens de Paris ont bien mérité de la patrie au moment où, au nom de ces mêmes citoyens, la commune vient exiger leur expulsion du sein de la représentation nationale.
laisser indécis à la fois et TexisteDce et le reacuTellement toujours provisoire de la commune?
Personne ne répond à Thuriot ; son projet est adopté sans discussion aucune, sans qu'on veuille en entenflre une seconde lecture.
Voilà donc la commune insurrectionnelle rétablie dans la f)Iénitude des pouvoirs dont elle avait si fort abusé depuis vingt jours, dont elle va, dans quelques heures, abuser bien plus encore. Dès lors la voie est libre à ceux qui, comme Danton et ses complices, savent, pour nous servir des expressions de madame Roland, que « c*est par Taccumulation des crimes qu'on s'en assure Viuh punité. »
Mais pendant ce temps que se passe-t-il à THôtel de Ville, au sein du comité de sur\'eillance et dans les sections ?
Le conseil général, sachant qu'il n'a plus rien à craindre pour lui-même, se résout à déployer le plus grand xèle pour la défense nationale. Manuel annonce que les Prussiens ont investi Verdun ; il ajoute que cette place est la seule qui puisse encore arrêter l'ennemi sur la route de Paris, mais qu'il est à peu [)rès certain que sa brave garnison sera impuissante à la sauver. En conséquence, il propose de rassembler immédiatement au Champ-de-Mars tous les citoyens en état de porter les armes. Le conseil vote par acclamation la motion du procureur-sjTidic et arrête, en outre, que, pour faire comprendre aux patriotes