LIVRE XI
Au même moment sont expédiés de divers côtés des émissaires chargés de faire adopter par les sections des mesures qui puissent servir de prétexte aux meurtres dont le programme est arrêté d'avance.
Que trois ou quatre sections votent en principe regorgement des prisonniers, cela suffira pour que les organisateurs des massacres puissent prétendre que leur crime a reçu la sanction du peuple.
Le faubourg Poissonnière s'était montré dès longtemps l'un des plus ardents. C'est là que les affidés se rendent d'abord; ils font prendre aux quelques citoyens qui se trouvent dans la salle, qui peut-être y avaient été apostés, cette exécrable délibération, par laquelle la section :
a Considérant les dangers imminents de la patrie et les manœuvres infernales des prêtres, arrête :
Cette signature biffée prouve de la façon la plus manifeste que ceux que Ton nommait étaient présents, que même ils étaient déjà entrés en fonctions avant qu'un arrêté illégal leur eût donné même l'ombre d'un mandat officiel.
Les deux derniers noms, ceux de Marat et de Desforgues, sont intercalés au moyen d'un renvoi à la marge. Probablement, tout en se laissant dominer par l'Âmi du peuple, les conspirateurs se souciaient pou de l'avoir pour collègue et pour chef avoué ; ils ne l'avaient pas compris dans Tarrété primitif. A ce moment, sans doute, Marat survint, et s'imposa avec son impudence ordinaire.
Desforgues est qualifié, dans l'arrêté même, de chef de bureau à la mairie, emploi qui paraît incompatible avec la nouvelle fonction dont on l'investit: mais Desforgues était Pami particulier de Danton (voir Us Mémoires si intéressants du comte Miot de Melito). Le ministre révolutionnaire devait tenir à avoir dans le sein du comité de surveillance un homme à lui, qui le tint au courant de tout ce qui pouvait s'y tramer; il Gt dire probablement au dernier moment qu'on eût à nommer Desforgues, et on le nomma.
<( i"" Que tous les prêtres et personnes suspectes, enfermés dans les prisons de Paris, Orléans et autres, seront mis à mort ;
« S"" Que les femmes, enfants des émigrés et personnes qui n*ont pas paru, ni ne se sont montrés citoyens, seront mis sur une ligne en avant des volontaires qui partent pour les frontières, afm de garantir les brayes SBBSh culottes des coups que pourraient porter les ennemis. »
Du faubourg Poissonnière, les affidés du comité de surveillance se répandent dans les autres sections et y arrivent armés du formidable arrêté. Dans beaucoup ils sont éconduits, mais dans d'autres ils trouvent quelque écho. Au Luxembourg, où présidait ua révolutionnaire fougueux, Joachim Ceyrat, ils font prendre, avec son assistance, un arrêté encore plus terrible, si cela est possible, que celui du faubourg Poissonnière :
<( La motion d'un membre de purger les prisons eo faisant couler le sang des détenus de Paris avant de partir, les voix prises, a élé adoptée; trois commissaires ont éifS nommés, Lahire, Lemoine, Richard, pour aller à la ville communiquer ce vœu, aûn de pouvoir agir d'une manière uniforme. »
Quant à agir d'une manière uniforme, ce soin regardait le conseil de sur\'eillance, et il n'y manqua pas^.
i. On trouvera a la fin de co volume une note relative aux délibérations prises par diverses sections, dans les premiers jours de septembre 1792, et indiquant l'état des registres des quarante-huit circonscriptions parisiennes pour ce qui concerne ce sinistre événement.