‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 111 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Le jeuoe soldat, avec ud calme sublime, promène ses regards autour de lui, croise les bras, et après s'être recueilli un instant, s'élance sur les armes doDt les assassins se couvrent comme s'ils avaient quelque cbose à craindre d'un homme sans défense.

»Ses compagnons, arracliés successivement de leur jiri- 1, soQl livri^s un à un au\ égorgeurs, qui les massacreDt, aux cris chaque fois répétés de l'ire la tiation! Sont également mis à mort, sans la moindre apparence ^dg jugement, vingt-cinq gardes du roi enfermés dans un ^b^t contigu à celui des Suisses.

H^ Après cette expédition préliminaire, qui a jonché la me Sainte-Marguerite de plus de cinquante cadavres, Maillard jicnsc qu'il est temps de faire fonctionner son tribunal; car. dans les meurti'es en masse, le hasard peut bire échapper certains personnages dont il inqiorlc avant tout de se débarrasser. On lui avait désigné d'avance les prisonniers qui devaient nécessairement périr. Pour les autres, on lui avait laissé une certaine latitude; il lui ét^it loisible d'épargner ou d'égorger ceux dont la vie ou lu mort était indifférente aux promoteurs des massacres. Quelques acquittements entraient même dans le programme : n'étiiit-ii pas important de faii'e croire à une certaine impartialité dans les jugements du prétendu tribunal ("opulaire?

Les faUilicatems d'assignats étaient abhorrés par le

Pple de Paris . parce qu'il leur attribuait la dépréion toujoiu's croissante de ce signe monétaire, déviation qui le frappait dans le taux de ses salaires et s le prix des choses les plus nécessaires d la vie.

Màillardy pour populariser dans le quartier son wame exécrable, commence par faire comparaître âeVanî tui les prévenus de fabrication de faux assignats qui se th)iivent dans la prison. Â peine leur demande-t-il, pouf là forme, leurs noms et prénoms; il se hâte de les envoyer à la Force.

Ces misérables expédiés. Maillard ordonne que rôn amène M. de Montmorin, Tex- ministre dés affiiirês étrangères. Sa qualité d'anii et de confident de Louis XVt suffisait pour le désigner spécialement aux fureiird dé ce que Maillard et ses acolytes appelaient le peuple. M. de Montmorin ignorait complètement les meurtres dont, depuis une heure, T Abbaye était le théâtre; relégué dâhs une chambre placée à l'extrémité de la prison, les cris des mourants, les hurlements des tueurs n'avaient point frappé son oreille. Amené devant Maillard, il disclilé avec sang-froid, môme avec hauteur, et prétend que sa cause n'est pas de la compétence du tribunal déVailt lequel on le fait comparaître, a C'est juste , dit un deé juges , et puisque TafTaire de monsieur ne nous regarde pas, je demande qu'il soit envoyé à la Force. » Otii^ i la Force ! disent les autres juges.

« M. le président, puisqu'on vous appelle ainsi, ré^ plique M. de Montmorin du ton d'un grand seigheur qui est habitué à être respecté, je vous prie de me faire avoir une voiture. — Vous allez l'avoir, lui répond finoidement Maillard. » Un instant après on vient annoncer que la voiture est à la porte. M. de Montmorin réclame ses effets, un nécessaire , une montre ; on répond qu'ils lui seront envoyés à la Force. Il sort tranquillement, et,

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