‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 110 sur 262 · LIVRE XI. n · texte numérisé non relu

LIVRE XI. n

tn^me. près du lieu où siégeait le comité civil et où Sicard avail été miraculeusemenl sauvé quelques heures

Rparavaot.

Les massacreurs reviennent couverts de sang et de nssière, Tatigués mais non rassasiés de cama.se; ils demandent à boire: <> Du vin ou la mort! >< s' écrient-ils en envahissant la salle du comité. Les commissaires des Quatre-Nations leur donnent des bons de vin a prendre ciiez va marchand du voisinage. Tandis que les uns boivent, les autres vont chercher leur proie. Une trentaine de prêtres sont successivement amenés et immolés sans merci. Mais bientôt un des assassins, plein d'une rage nouvelle, crie : « (hie faisons-nous ici ? allons à CAbbaye! Il y a du gibier là. — Allons à l'Abbaye!

<. OUe prison uvait été spécialement désitjnée pour servir de maison d';)rrt^l «ui auteurs ou complices de ce que les démagogues appelaient < la conspiration du 10 aoâl. "

La plugiart Ûes historiens n'ont pas établi une dialinclion suffîsanle enirr les deux empliicpmcnts parfuilcment diatincts où eurent lieu les itM^Hcr^ de l'AblHye. L/'s prêtres , venant de la mairie, ce.ux qui étaient renrermés dans la prison de aupplémeni el ceux que Ton alla Itloa tard rhrrclicr en ville, d'après le dire rormel de l'abbé Sicard. (tarent ogorgé» dans la cour, près de la salle oij sié^ieail le c^mile civil. CnA à ce* scènes de meurtre que se rapportent cl le récit de Sicard «IceluideJourdan, président du cumiié civil des Qu3tre-.\ations. Vos •aiesra. le» Rardes do roi el tes autres prisonniers régulièrement «roars Turent massacrés dans la me Sa in te -Marque ri te, au pied de la tAan-lle qui a longtemps subsisté Ji lanj;le de la petite place. C'esi i rrs massacrts que se rapportent le récit do Saint-Mèard et celui de madame de FauN«e-t^fldry. Mebee fils raconte \en uns et les autres, iMis «n n'indiquant pas loujouis le lieu où se passe la scène qu'il

On laisse à quelques tueurs subalternes le soin de poursuivre l'opération commencée contrôles prêtres; le reste des égorgeurs revient vers la rue Sainte-Mai^erite, et arrive au pas de course au guichet de la prison. A la voix des affidés du comité de surveill9nce, les portes s'ouvrent sans résistance aucune. Ceux-ci envahissent les guichets, se répandent dans les equrs intérieures, s'emparent des registres d'écrou. Ql^is il faut jouer jusqu'au bout la comédie arrangée d'avance, ^ fout que le peuple ait l'air d'avoir participé au)^ n^pssacres, de les avoir sanctionnés par ses déléguée, par des juges institués par lui. L'un de ceux qui se sont emparés des registres d'écrou s'avance donc sur le pas de |a porte extérieure de la prison et propose l'érection d'un tribunal populaire qui jugera |es prisonniers sur la mention même du motif de leur arrestation ; de cette façon, ajoute-t-il hypocritement, on povrra distinguer /es innocents des coupables.

Les envahisseurs étaient secrètement comipandés pjup le Tameux Maillard, qui, depuis le commencement de la révolution, avait été m^lé à presque toutes les émeutes, et avait fini par avoir à ses ordres une non)|)reuse escouade de gens de sac et de corde, propres à toutes les expéditions, prêts à tous les crimes. C'était probablement un de ses hommes qui avait fait la proposition du tribunal, ce sont ses amis qui la soutiennent de leurs

raconte. Un espace de deux cents pas environ et un large pâté déniaisons séparaient les deux emplacements que nous venons de décrire. Ao moyen de cette distinction capitale, tous les passages obscurs des récit* des témoins oculaires s'expliquent et se fortifient Tun par l'autre.

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applaudissements. Âpres quelques débats entre les gens attfoupés à la porte de l'Abbaye, affîdés ou non afïidés, entraînés ou apostés, la motion est unanimement adoptée. Aussitôt les gens, qui ont le mot d'ordre, s'écrient en chœur : Monsieur Maillard, le citoyen Maillard, président ! Cest un brave ho^nme ! Le citoyen Maillard, président! Celui-ci était là, dans la foule, attendant la fin de la scène qu'il avait jui-raême arrangée à loisir; i| s'avance aussitôt, déclare qu'il va travailler en bon cit(n/en, institue, au nom du peuplé souverain, douze bomn^es de sa bande pour l'aider dans les jugements qu'il va rendre*. On convient qu'afin d'éviter aux juges toute émotion violente et aux détenus toute velléité de résistance, le président, en condamnant, aura Tair de ne |^t)Doncer qu'un simple transfèrenqent d'une prison à l'autre : « A la Force » , dira-l-il , et les tueurs sauront œ que ce{a veut dire.

Avant que le tribunal, organisé par Maillar^ et compQsé> pour plus de sûreté, de ses propres affîdés, ait eu le temps de fonctionner, on vient avertir les juges qu'il est une catégorie de détenus qu'il faut se hûter (^'expédier. a II y a des Suisses ici, s'écrie l'un des assassins pressé d'entrer en besogne, ne perdons pas de temps à tes interroger, ils sont tous coupables, il ne doit pas en échapper un seul. »

\. Méhëe fils, qui raconte )ui-mi>me cett« scène et qui était un ré- ^'oiutionnaire fougueux, dit que les douze juges de Maillard étaient <)<Hize escrocs. On trouvera à la fin de ce volume, sur Maillard et sa i^tiide, des détails circonstanciés qui prouveront ce qu'étaient le chef ^ 866 acolytes.

Ces derniers défenseurs de la royauté avaient été, par deux décrets formels , du 10 et du 11 août, placés sous la sauvegarde de la nation ; on ne s'en souvint guère lo 2 septembre. Sur Tordre de iMaillard, on ouvre la salle oii étaient ces infortunés, on leur annonce qu'ils vont être transférés à la Force. Les Suisses ne comprennent que trop ce que cela veut dire, ils restent immobiles. Deux des sicaires du comité de surveillance, l'un garçon boulanger, l'autre Marseillais, leur crient de la porte du cachot : a Allons , décidez-vous , marchons ! » Mais , pour la première fois de leur vie , ces braves militaires ont peur; oui! ils ont peur de la mort hideuse qui se présente devant eux, car cette mort, ce n'est pas celle du soldat dans l'enivrement du combat, sous l'œil de ses chefs, au milieu des chants de h victoire; c'est l'agonie lente, sous des coups mal assurés, tels qu'en portent de lâches assassins, c'est la mort reçue sans gloire, loin du drapeau, loin de la patrie.

Tandis que les Suisses, au lieu d'obéir aux injonctions qui leur sont faites, se pressent au fond de leur cachot et s'enlacent en quelque sorte dans les bras les uns des autres, les assassins restent, eux aussi, immobiles sur le seuil, guettant leur proie, mais n'osant la saisir. Enfin l'un des prisonniers, jeune homme d'une trentaine d'années, à la physiononjie noble, à l'air martial, s'avance résolument. « Je passe le premier! s'écrie-t-il en lançant son chapeau en l'air. Par où faut-il aller? » On lui ouvre les deux guichets, il paraît sur le seuil de la porte extérieure. Les assassins reculent, forment un cercle hérissé de sabres, de baïonnettes, de haches et de piques.

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