LIVRE XI
Saint-Louis est seule à l'entendre ; le pouvoir exécutif, au moment même où Ton vient de lui confier des pouvoirs extraordinaires et de prononcer la peine de mort contre tous ceux qui oseraient lui désobéir, n'en continue pas moins à être représenté, dans tout Paris, comme composé de vils traîtres pactisant avec l'étranger.
Cet incident vidé, TAssemblée reprend tranquillement son ordre du jour. A lire son procès- verbal, on croirait qu'il ne se passe rien d'extraordinaire dans Paris. C'est seulement deux heures après la réouverture de la séance, six heures après les premiers meurtres de l'Abbaye et des Carmes, que la nouvelle en est apportée par les délégués de la commune qui annoncent « qu'il se fait des rassemblements autour des prisons, et que le peuple veut en forcer les portes. » Ils prient l'Assemblée de délibérer sur cet objet, en lui faisant observer « que le peuple est à la porte et attend sa décision. » Sur la proposition de Bazire, on se contente d'envoyer des commissaires « pour parler au peuple et rétablir le calme ! »
Pendant que les commissaires vont remplir leur mission, le président reçoit une lettre de l'abbé Sicard. L'instituteur des sourds-muets y fait connaître le dévouement du brave Monnot, qui lui a sauvé la vie. L'Assemblée nationale, un moment émue, ordonne l'impression de la lettre avec une mention honorable au procès-verbal , et déclare que le citoyen Monnot a bien mérité de la patrie. Satisfaite de ce vain décret qui assure la gloire d'un honnête homme, mais qui aurait dû aussi apprendre aux représentants du peuple quel exemple ils avaient eux-mêmes à suivre, elle reprend le cours de ses
délibérations, sans même se préoccuper de la mise en liberté immédiate de Tabbé Sicard *.
Les commissaires sont de retour après une absence de deux heures environ. L'un d'eux, qui a été au Temple, rapporte qu'il ne s'y est manifesté aucun mouvement extraordinaire. Au nom des autres, le vieux Dussault prend la parole : « Les députés, raconte-t-il , ont reçu, sur leur passage et aux environs de l'Abbaye, les témoignages de la confiance populaire; mais, arrivés sur le seuil de la prison^ ils ont vainement essayé de se faire entendre. L'un d'eux, Audrein, a même été grandement exposé à cause du costume ecclésiastique qu'il portait. I^s commissaires ont dû se retirer, ils ne peuvent rassurer l'Assemblée sur les suites de ce malheureux événement 2. n
Dussault, d'après le Moniteur, termine son récit par cette phrase tristement significative : — « Les ténèbres ne nous ont pas permis de voir ce qui se passait. • C'est-k-dire que les représentants du peuple n'avaient pas voulu voir le sang qui ruisselait sous leurs pieds, qu'ils
4. Le décret de rAssembléo n'ordonnait pas d'une nianièro péremptoire la mise en libert*^ do Sicard. Aussi, ce respectable occlésiasliquo fut-il retenu prisonnier dans une petite pièce attenant à la salle du comité civil des Qua Ire-Nations. Il y resta trente-six heures, depuis le milieu de la nuit du t nu 3 jusqu'au 4 septembre. Il entendit massacrer dans la cour de l'église de l'Abbaye les malheureux pr(^tre> qu'on y amenait. Ce ne fut que le 4, sur une nouvelle lettre écrite par lui, que MM. de Pasioret, Hérault de Sécholles et Romme fireol prendre par le comité d'instruction publique un arrêté formel de mise en liberlé.