‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 115 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

n'avaient pas voulu entendre les cris des victimes qu'on égorgeait à quelques pas d'eux^.

L'Assemblée courbe la tête et passe à l'ordre du jour. Elle entend et adopte la rédaction des décrets rendus

\. Suivant le récit do Loiivet, qui déclare tenir le fait de Dussault lai-méme, il paraît qu'à l'instant où le traducteur de Juvénal haranguait les assassins, l'un d'eux lui dit : a Monsieur, vous in'avez Pair d'être un brave homme, mais rangez-vous donc! Il y en a derrière vous, doux que vous nous empêchez de tuer depuis un quart d'heure, et après eux nous on aurions déjà expédié vingt! »

Nous avons trouvé une lettre confidentielle et non achevée de Bazire,

qui avait été un des commissaires de l'Assemblée; quoiqu'elle ne

soit en grande partie qu'un spécimen de la phraséologie sentimentale

si fort de mode à cette époque, elle nous a paru assez curieuse pour

étr© reproduite ici :

« Ma chère amie, si quelque chose peut me consoler de ne pas vous voir, c'est de penser que vos beaux yeux n'ont pas été souillés des tableaux hideux dont nous avons eu tous ces jours-ci le spectacle décHîrant. Mirabeau disait : Rien de plus épouvantable et de plus revoient dans ses détails qu'une révolution, rien de plus beau dans ses con><iqupnces pour la régénération des empires. Cela peut être, mais coinine il faut du courage pour être honune d'État et conserver une ^^le froide dans do pareils boulevei*sements et dans des crises aussi ^^rriblesî Vous connaissez mon cœur, jugez de la situation de mon aine 01 de fliorreur de ma position! Il faut que l'homme sensible s'en- ^eloppe la tète de son manteau et qu'il se précipite à travers les ca- ^vres pour s'enfermer dans le temple do la loi et n'envisager que la *^sse. C'est ainsi que toujours je veux m'arracher du théâtre des '''^^ssacres el que l'Assemblée, dans la vue d'apaiser les furieux, ^^ptant sur l'intérêt que doivent exciter ma jeunesse et quelque peu ^® popularité me rcnsoie au milieu d'eux et ne pense pas que l'huma- ***^, dont elle me constitue l'organe, devient mon propre bourreau. « Écoutez le récit do ce que j'ai \u, et croyez que je vous épargne ^orebien des détails pour ne pas abuser de votre sensibilité et parce ^^ il me répugne de les retracer. Hier au soir, des membres du conseil

dans la journ('»e, reçoit des dons patriotiques, écoute des pétitions, une entre autres, dans laquelle un citoyen propose de décerner des honneurs publics aux citoyens illustres qui méritent bien de la patrie, tels que les Danton, les Manuel^. Ce pétitionnaire candide choisissait bien son moment!

Enfm, à onze heures du soir, TAssemblée, ainsi que la commune vient de le faire, suspend sa séance; pour maintenir la permanence qui n'a pas cessé depuis le 10 août, elle laisse, comme dans les nuits ordinaires, une commission de quelques représentants.

Dans la soirée du dimanche 2 septembre, toutes les autorités qui avaient en main le pouvoir exécutif, maire, ministres, commandant de la force armée, présidents de

lîenéral do la commune do Paris annoncent à F Assemblée que le peuple s'est porté sur les prisons et qu'il é^jorge les détenus. Je suis aussitôt nommé commissaire avec cinq do mes collègues pour lui porter des paroles do paix. Nous partons, quelques amis me peignent rétatactael des choses devant la prison de l'abbaye de Saint-Germain. Je précipitais mes pas, je gémissais do la lenteur do notre cortège; nous arrivons. La porto do la prison donne sur une rue longue et étroite qne l'on appelle la ruo Sainte- Marguerite, les maisons en sont très-hautes, il y fait nuit beaucoup plus tôt que partout ailleurs. Alors il y régnait une obscurité profonde à laquelle on n'avait opposé que la lueur sépulcrale de quelques flambeaux et do plusieurs chandelles qui se trouvaient placées sur les croisées... »

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