‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 12 sur 262 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

les scellés qui y ont été apposés au moment du départ du comte de Provence (20 juin 1791) . L'Assemblée n'en a pas plutôt autorisé* la levée qu'une nouvelle difliculté se présente, suscitée sous main par la commune. La section des Quatre-Nations vient dénoncer Texistence de souterrains sous le Luxembourg. Pendant qu'un nouveau décret ordonne la vérification du fait, la coranume, qui tient essentiellement à ce que le décret du 10 reste inexécuté, propose tour à tour Tabbaye Saint- Antoine, TEvêché, le Temple, et fixe enfin son choix sur ce dernier monument, que la captivité de Louis XVI et de sa famille devait rendre si célèbre. Elle envoie l'entrepreneur-patriote Palloy en visiter les tours, avec trois municipaux, Paris, Lefèvre et Martin, qu'elle charge, d'ores et déjà, d'y conduire le roi. En réponse à l'arrêté plus que prématuré que viennent de prendre les dominateurs de l'Hôtel-de-Ville, la commission extraordinaire présente, le 12 au matin, un rapport dans lequel elle établit « que la proposition de la commune doit être rejetée, parce que l'évasion est aussi facile au Temple qu'au Luxembourg. L'hôtel du ministre de la justice , place Vendôme, conviendrait beaucoup mieux pour l'habitation royale. ») En conséquence, il est décrété que le roi et sa famille seront transférés au ministère de la juslice, <iu'il leur sera donné une garde sous les ordres et la surveillance du maire et du commandant général; enfin, que jusqu'à la réunion de la Convention , 500,000 fr. seront affectés à la dépense de la maison du roi.

Le décret est formel. Mais la commune ne se tient pas pour battue. Manuel et Pétion accourent à la barre, envi-

ronnés d'une nombreuse députation. Le pro<ureur syndic décidre que la muninpalité ne peut n^pondre de la sûreté du roi nulle part ailleurs qu'au Tenipleo isolé et entouré de hautes murailles. " Pétion, accoutum/* à prêter son appui à tout ce qu'avance son ami et ^m confident, confirme ce qu'a dit Manuel, et, de /nierre lasse, la représentation nationale subit la honte de revenir avant la fin de la journée sur ce qu'elle a solennellement décrété le matin.

Son nouveau décret « ronfie la frarde du roi et de sa famille aux vertus deseitovens de Paris ». Seulement, par un reste de pudeur et pour ne pas avoir l'air d'obéir aux ordres de la commune, on n'v nomme pas le Temple; on se contente de charger les représentants de la munici|>alité de [Miurvoir sans délai et sous leur responsabilité au logement de la famille royale; on leur ordonne de prendre toutes les mesures de sûreté que la sagesse et l'inténH national pourraient exiger.

La commune se hâte de célébrer son triomphe en faisant aflîcher dans tout Paris l'adresse que ses commissaires ont présentée à l'Assemblée nationale et le décret que l'Assemblée s'est laissé arracher.

Dans la soirée du 13 août s'effectue la translation de la famille royale des Feuillants au Temph?. Deux voitures de la Cour servent à ce triste vovago. Comme au retour de Varennes, Pétion monte dans le carrosse royal; mais Bamave n'est plus là. Quinze mois auparavant, le roi n'était encore que moralement prisonnier ; aujourd'hui, il n'y a plus de doute ni d'illusion possibles. Le cortège royal, en rentrant à Paris, avait ét('» accueilli, le 25 juin

Page 1