‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 120 sur 262 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

du genre humain. Exauçons, s'il est possible^ leur dernier vœu, ne marchandons pas la pitié, cette inoSensive vengeance, à ces infortunés, dont la mémoire ne réclame de nous que cette seule expiation.

Entre les deux guichets de la prison de l'Abbaye, siège le tribunal choisi et présidé par Maillard. Celui-ci a déjà fcût égorger Montmorin et Thierry de Ville-d'Avray. De peur que quelque incident imprévu ne vienne arrêter ses terribles exécutions, il juge prudent de commencer par ceux qui lui ont été le plus spécialement désignés.

De ce nombre étaient les deux juges de paix, Buob et Bosquillon (des sections de l'Observatoire et Poissonnière) , qui avaient osé commencer une instruction contre les auteurs de la journée du 20 juin. Buob était un homme de haute taille, très-vigoureux; il se défendit courageusement contre ses assassins , en terrassa et en blessa 'plusieurs avant de succomber sous leurs coups ^.

Le comte de Wittgenstein, lieutenant général, ancien commandant de l'armée du midi , sous le ministère de M. de Narbonne, se montra plus résigné. Dès qu'il comparut devant Maillard, il se rendit parfaitement compte du sort qui lui était réservé; il remit donc tranquillement au président des assassins son testament et ses effets les plus précieux, en le priant de les faire passer à sa famille ^.

4. Voir à la fin du volume le résumé du président du tribunal criminel dans le procès des septembriseurs. L'assassin de Buob se nommait Bourre et fut condamné à 20 ans de fers.

2. Voir à la fin du volume, dans la notice sur Maillard, la réclamation de la famille Wittgenstein.

Un oflicier suisse. M. de Reding, avait été blessé, le 10 août, aux Tuileries. Sauvé par miracle, au moment do renvabissement du château, il avait été découvert dans son asile et conduit à TAbbaye. Séparé des autres oflBciors suisses à cause de sa blessure , il avait été placé dans la sacristie de la chapelle de la prison. Une femme <|ui, par tendre aflection, avait pris le costume d*une sœur de charité, ne quittait pas le chevet du jeune blessé. Depuis une semaine on avait transféré à la Conciergerie la plupart des autres ofTiciers. le matin on avait fait sortir de TAlibaye sa garde-malade improvisée. Durant les premières heures du massacre, on oublia Reding. Mais son nom et sa qualification sont remarqués par un des juges qui parcourt le registre d'écrou. Deux assassins sont envoyés pour le chercher : ils pénètrent dans la chapelle, encombrée de prisonniers, et de là dans la sacristie, oii ils trouvent Reding couché sur un grabat. Ils s'appn'îtcnt à l'arracher de son lit de souffrance et à 1(» liure marcher au supplice. Le malheureux leur dit d'une voix mourante : « Eh! messieurs, j'ai assez souffert, je ne crains pas la mort; par grice donnez-la moi ici... » Mais sl^s bourreaux sont sourds à ses plaintes, il est enlevé, porté juscju'à l'entrée de la prison, el à l'instant même égorgé*.

Le jeune de Maussabré, aide de camp du duc de Brissac lors(pie celui-ci étiiit commandant de la garde du

4. Voir lo récit do Journiac do Sainl-Méard. Pellier ajoute à ceUe mort dos détails horribles auxquels nous ne donnons pas place ic^' parce qu'ils ne sont attestés par aucun témoin oculaire.

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