LIVRE Xll. Î
roi, veut se sauver par la cheminée de la pièce oii gisait un moment auparavant le malheureux Reding, mais il trouve des barreaux de fer qui l'empêchent de passer. On tire sur lui, dans la cheminée, plusieurs coups de fusil; ce moyen ne réussL<;sants pa, on allume de la paille. La fumée le fait tomber à moitié étouffé, il est achevé devant la porte du guichet.
La mort de M. de Laleu, ancien ofBcier au régiment de Lyonnais, et depuis adjudant général de la garde nationale parisienne, fut horrible. Un des assassins qui portait un nom tristement célèbre, celui de Damiens, se précipite sur lui, saisi d'une rage indicible, Tabat à ses pieds, lui ouvre le flanc, plonge ses mains dans la blessure, en arrache le cœur tout palpitant encore et le porte à sa bouche en criant : Vive la naiion ! « Le sang, dit un témoin oculaire, dégouttait de sa bouche et lui faisait une sorte de moustache^. »
Ces scènes hideuses durèrent toute la nuit, à la lueur des torches dont les pourvoyeurs du tribunal se servaient soit pour éclairer la sortie des victimes, soit pour aller en chercher d'autres à travers les corridors de la prison 2.
4. Ces détails affreux, mais hélas trop réels, sont extraits textucll»^ ment de la procédure dirigée, en Tan iv, contre les septembriseurs, (Voir les pièces justificatives à la fin de ce volume.)
Damiens fut condamné à vingt ans de fers.
t. Lorsque certaineâ victimes, que Ton ne voulait pas faire recon-
Afia de perdre le moins de temps possible, on amenait les malheureux à la porte du lieu redoutable où siégeaient Maillard et son tribunal. Ils pouvaient ainsi assister au prétendu jugement qui décidait du sort de celui qui les précédait. Aussitôt que le président avait prononcé son arrêt, il avait soin d'indiquer sur le registre d'écrou, par un seul mot, mort ou liberté, la sentence du tribunal; puis, comme s'il procédait à une vente à Tencan, il prononçait froidement ces mots : A un autre!
Juges et bourreaux se relayaient pour que la besogne ne chômât jamais. Pendant que les uns, repus de vin, de meurtre et de carnage, se reposaient couchés siu* les bancs qui garnissaient la salle même où siégeait le tri* bunal, les autres fumaient, mangeaient, buvaient, jugeaient, tuaient. Les bras nus, les mains ensanglantées, ils interrogeaient le registre d'écrou, étalé sur la table* où s'accoudait 31aillard. Cette table était couverte de pipes, de bouteilles, de verres, de pain et de papiers, car c'étiiit là qu'on déposait les certificats qu'apportaient les citoyens courageux qui venaient réclamer, de la part de leurs sections, les prisonniers auxquels s'intéressaient encore (pielques âmes charitables. Parfois, Maillard et ses acolytes accordaient aux réclamants leurs
naître à la foulo des assisUints, paroissaient à la porte de la prison, on leur appliquait une torcho enflammée sur le visage et on les exécutait par derrière. Voir le récit de Journiac de Saint-Méard, Histoire parlementaire, i. WUl, p. 111.
1. Le registre d'écrou do l'Abbaye a été providentiellement conservé; il porte des traces évidentes de sang, de vin et de graisse; on dirait qu'après 70 ans il exhalo encore une odeur cadavéreuse.