‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 132 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

9eil général arrête : qu'ils seront consignés , et qv^e les scellés seront apposés sur leurs papiers et eQets, ^Gn de mettre la œnimission des prisons à porlé-e d'exfi|miner leur conduite et d'en rendre compte au conseil général qui statuera définitivement*, y*

L'Assemblée législative se montre presque aussi indifférente que le conseil général de |a commune. Elle entend, dès l'ouverture de la séance (dix heures du matin), la lecture du procès-verbal dressé par ceux des commissaires qui ont passé la nuit et ont reçu les étranges communications de Tallien, Guiraut et Truchon. Elle se fait lire une lettre de Pétion transmise par le ministre de Tintérieur, et dans laquelle le maire de Paris annonce qu'il n'a appris les événements de la nuit qu'au moment où il n*y avait plus de remède. Sur cette lettre, non plus que sur le rapport de la commission de permanence, aucune discussion ne s'engage, aucune résolution n'est prise; durant quatre heures, la représentation nationale accepte des dons patriotiques, reçoit des députations et n'a pas l'air de se douter qu'elle ait à faire la moindre démarche, à décréter la moindre mesure afin d'arrêter le sang qui coule.

Cependant elle ne peut ignorer ce qui se passe, pMis-

4. Voir {'Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XVH, p. 385.

Il ne fut donné aucune suite à toutes ces plaintes, qui, évidemment, n'avaient été faites, le 3, que pour les besoins de la cause. Les concierges des prisons furent tous réintéj^rés dans leurs fonctions quelques jours après les massacres. Nous les voyons signer les listes mor- Uuûras qui, pour être tant soit peu exactes, ne pouvaient être faites qu'avec leur concours.

qu'oD lui amène un de ses membres, Jouneau, détena k l'Abbaye par son ordre, pour avoir, à la suite d'une altercation, frappé le Girondin Grangeneuve. Jouueaa ayant écrit à Tun de ses amis pour ravertir du danger pressant qu'il courait, ses collègues l'avaient, par un décret spécial, rappelé au milieu d'eux ^. Il arrive accompagné d'une douzaine de personnes qui lui ont servi d'escorte, a Avec votre décret sur la poitrine, dit-0, je suis sorti de prison au milieu des acclamations du peuple; ces citoyens m'ont accompagné avec le plus grand empressement, leur zèle atteste le respect qu'on a pour vos décrets. »

L'Assemblée ne comprend pas l'appel indirect qui lui est fait au nom de l'humanité ; s'il est vrai qu'on la respecte encore, c'est le moment pour elle d'intervenir aa nom de la justice et de déclarer solennellement que tons les piisonniers sont sous sa sauvegarde. Mais le peut-

4. Certains hislorion> font honneur de racquittemont de Jouneau 1 Maillard, qui aurait envoyé une députation à rAssemblée pour savoir si elle lo reconnaissait encore comme un do ses membres. Les choaes ne se passèrent pas ainsi, ce fut Jouneau qui écrivit au député Lacoste (de la Cliaionte- Inférieure), le billet suivant dont nous avons retrouvé 1 original écrit d'une main ferme et assurée, quoique depois vingt heures le signataire entendit les cris des victimes qu'on égorgeait à quelques pas de lui :

« Lundi, midL

« Mon cher collègue, le brave canonnier qui vous remettra cette lettre m'a dit que si j'étiiis réclamé de l'Assemblée nationale, je ne courrais pas le moindre risque dans le moment actuel. Faites toatde suite ce que votre prudence et votre amitié vous engageront Tattends tout de votre zèle et de la sagesse de l'Assemblée nationale.

a Jean-Joseph Jounbàu. »

Page 1