‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 135 sur 262 · LIVRE XII. is · texte numérisé non relu

LIVRE XII. is

tez pas, le moment n'est pas favorable! Remontez dans votre chambre, et lorsque vous pourrez sortir sans danger, je vous ferai avertir. — Ne Técoutez pas, reprend un homme en veste qui se trouve à côté d'elle ; si vous voulez vous en aller, je vais vous pousser et vous serez bientôt sortie. » Sans pressentir le pi<'*ge affreux qui lui est tendu, M'"'' de Fausse- Lendry, n'écoutant que le désir de revoir son oncle, se dirige vers le guichet; elle est sur le point de le franchir, lorsqu'elle se sent saisir par le bras. C'est le premier interlocuteur qui s'acharnait à la sauver, comme l'autre s'acharnait à la perdre. «Vous ne sortirez pas, madame. Et vous, dit-il au misérable qui entraînait dt^jà la malheureuse femme, si vous ne la lâchez, je vous fais fusiller. » L'assassin prend peur, et M"** de Fausse-Landry est sauvée *...

Avant le commencement des massacres. M"*" Cazotte avait été séparée de son père, elle n'avait qu'une pensée : le rejoindre, le sauver ou mourir avec lui. Tout d'un coup elle l'entend appeler, elle l'entend descendre l'escalier au milieu d'un cliquetis d'armes et de bruits confus; elle s'élance. Avant qu'on ait pu Tarrêter, elle atteint le vieillard, le presse entre ses bras, s'attache à lui. L'iiré-

1. L'bonnôte bomrno qui siuva M"*'' de F.msisc-Landry en l'arrêant aiD!;i sur le seuil du falal guiL-het s'appelait Pochot. Celte dame, dans son réiMt, dit qu*il était un des jugos; cela n'est pis probable, car Maillard savait mieux les choisir. Pcul-ôlro étail-ce un oflScier de la g-arde nationale qui commandiiit le poste de service et qui se vengeait, en sauvant des \ictimes isolées, de l'impuissance oii il était d'arrMer, è lui tout seul, les massacres dont il était le témoin involontaire et forcé. Le mot a je vous fais fusiller! o indique bien un officier p riant ï un sul)alteme.

2d6 HISTOIRE DE LÀ TERREUR.

sistible sympathie de sod immense amour filial se oommimique à tous les assistants; les tueurs eux-mêmes se laissent attendrir par les larmes de la jeune fille, par les cheveux blancs du vieillard *.

Le dévouement de M"* de Sombreuil n'a pas été moins célébœ que celui de M"* Cazotte. Pendant plusieurs heures, devant le prétendu tribunal, elle déploya une héroïque éneri^ne, attendrit successivement le président et les juges. Maillard, qui n'avait pas reçu Tordre spécial de faire

4. Cazotte, ancien commissaire général de la marine, retiré près (1 Ëpernay, etuil en correspondu nce Irès-suivie a\ec un de ses amiâ, M. Ponteau, secrétaire de l'intendant de la liste civile Laporte; il lui avait à plusieurs repris<»s envoyé des plans absurdes d'évasion pour h famille royale; on avait tait de cette corres|K}ndance une vaste codspiration,et de ce vieillard illuminé le chef des conspirateurs. Les faiseurs de listes avaient cependant dédaigné de marqu.T de la croix fatale le nom de Ca/olte; les assassins avaient eu ainsi pennissioD d'agir à son é;;ard comme ils voudraient. Mais, quelques jours après les massacres, le Inhunal du 17 août ordonna la reprise despuur>uit4^s contre le m^llieunux vieillaril. On eut soin d'arrêter en même temps sa fille et de la retenir dans une autre prison jusiju'après le jugement.

Cazotle, sur le corweil de mui défenseur, déclina la compétence du triburiid exlraordinaire , prétendant qu'il ne pouvait être jugé une deuxième fois, ayant déjà éle ab>ous par le tribunal installe au guicliel de l'Abltave. i> moyen de défense aurait dû être péremptoire auprès des ultra-révolutionnaires; mais ils n'hésitèrent pas de se njettre en conlradiclion avec eux-mêmes. Cazotte fut condamné à mort et exécuté le *4 septembre.

Voici le texte même du declinaloire qu'il présenta :

« Jacques Ca/otte, ci-devant arrêté à Épernay, sur les indications du bureau (l(î surveillance, conduit dans les prisons de l'Abbaye, à l'occa-ion delà correspondanc(Niv(»c le sieur Ponteau, correspondance devenue publique par la voie de l'impression, a été tiré dos prisons

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